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pauvre petite, toute désolée malgré tout son courage. Cela faisait rire l’aînée, qui ne pouvait déjà pas souffrir Mlle Gaétane… Oui, je connais bien toutes les diableries qui se sont passées ici, murmura-t-elle d’un air sombre. Il ne faut pas quitter les enfants, mademoiselle Alix, pour rien au monde, car…

Elle s’interrompit et s’élança promptement vers l’antichambre. Son oreille très fine avait perçu le bruit d’un pas pourtant léger et le froissement d’une jupe de soie… Georgina s’avançait, dans l’intention évidente de gagner la chambre de Xavier.

— Eh bien ! se réchauffe-t-il, ce petit désobéissant ? demanda-t-elle d’un ton léger.

— Pas beaucoup, madame.

— Bah ! il sera vite remis malgré tout. Il est vigoureux, cet enfant-là…

Pourquoi donc semblait-il à Alix, qui entendait tout de la chambre voisine, qu’une sorte de regret irrité se percevait dans l’intonation de cette voix ?…

— Demain il sera tout à fait bien… Quelle mine vous avez, Mathurine ! Je suis sûre que Xavier lui-même n’en a pas une semblable ! Laissez-moi passer que j’aille en juger par moi-même.

Mais Mathurine ne fit pas un mouvement pour dégager la porte, devant laquelle elle formait un rempart.

— L’enfant repose, madame, et Mlle Alix est brisée d’émotion… Il vaut mieux que vous n’entriez pas, madame, beaucoup mieux…

— Vraiment, vous trouvez cela, sagace Mathurine ? répliqua une voix où se mêlaient la raillerie et la colère. Si cela me plaisait, j’entrerais néanmoins et sans rien craindre, sachez-le…

Elle appuya sur ces mots d’un ton d’orgueilleuse bravade.

— Mais, au fond, je crois l’état de Xavier absolument sans danger et me contenterai des nouvelles