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Au bout de quelques minutes, qui parurent interminables à la pauvre enfant, le lourd vantail s’ouvrit. Mais ce n’était pas Mathurine qui apparaissait… Even se dressait devant sa nièce, l’enveloppant d’un regard où la stupeur se mêlait à une sourde irritation.

— Que voulez-vous ?… commença-t-il d’un ton rude.

Alix, en cet instant, eût bravé les pires colères ; son esprit se tendait uniquement vers le petit être pour lequel son cœur palpitait d’anxiété. Saisissant le bras d’Even, elle cria d’une voix haletante :

— L’avez-vous vu ?… dites ?… Oh ! mon petit Xavier !… S’il est tombé dans la douve…

Even laissa échapper un mouvement de surprise.

— Comment !… Qui vous fait penser cela ?

— Nous ne pouvons pas le retrouver… et, en voyant ce fossé…, cette eau…, j’ai eu peur…

Devant ce visage altéré par une indicible inquiétude, ces grands yeux suppliants qui dénotaient la douleur de la pauvre Alix, le farouche regard d’Even se radoucit instantanément. Sans repousser la petite main toujours crispée à son bras, il dit d’un ton encourageant :

— Rassurez-vous, nous allons le retrouver. Avez-vous cherché dans les salles inhabitées ?

— Mathurine y est, je crois…

— En effet, la voici, dit Even en prêtant l’oreille à des pas bien connus.

Le visage qui apparut devant l’oncle et la nièce était livide d’angoisse. D’une voix rauque, Mathurine répondit à l’interrogation précipitée d’Even :

— Non, il n’est pas dans les vieilles salles…Maintenant, il ne reste plus que cette tour… Êtes-vous rentré depuis longtemps, Monsieur Even ?

— Il y a un quart d’heure à peine ; j’étais en mer depuis ce matin. Pourquoi me demandes-tu cela ?