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RAYMOND.

Eh ! pardine, ne vous gênez pas… Est-ce qu’il n’y a pas un grenier… une grange… une botte de paillet… Fatigué comme je le suis, je dormirais sur des pavés…. (Il va pour sortir.)


LA MÈRE FLOUQUET.

Eh ! ben… eh ! ben… où allez-vous donc ? on n’aura à faire ici qu’à dix heures.. vous avez ben le temps de vous sécher et de faire un somme… tenez, là… dans ce grand fauteuil… et puis, dites donc, si vous avez soif la bouteille est là.


RAYMOND.

C’est pas de refus, la mère.


LA MÈRE FLOUQUET.

Eh ! ben, je vous laisse dormir.


RAYMOND.

C’est dit…. jusqu’à dix heures… je me dépêcherai… (La mère Flouquet sort par la gauche.)


Scène XIII.

RAYMOND, seul, il s’assied sur une chaise à droite.


Allons, me voilà encore sous le même toît que madame Marielle !.. Ah ! il me tarde de quitter ce pays-ci… mon pauvre cœur commence fièrement à battre la breloque… Elle est si gentille, si agaçante, cette petite Marielle… quelle bonne ménagère ça m’aurait fait… et dire que c’est ce Sauvageot… Ah ! faut pas que je pense à lui… il me ferait faire de mauvais rêves… (Il commence à s’endormir. On entend au dehors deux coups de fusil, il se lève.) Hein !… Qu’est-ce que c’est que ça ?… (On entend battre la générale.) La générale… Oh ! mon dieu !… Est-ce que les Prussiens ?… (Il court à la fenêtre.) L’obscurité m’empêche de distinguer… ma foi, c’est égal… tenons-nous sur nos gardes… (Il prend son fusil et se dispose à sortir.)


Scène XIV.

RAYMOND, MARIELLE et ANATOLE, entrant par la gauche.



MARIELLE, dans le plus grand trouble.

Entrez vîte !… entrez !..


ANATOLE.

Un militaire !… je suis perdu !…

Air : De la Somnambule villageoise.
––––Le sort avait marqué cette journée…
––––Livrez-moi donc !.. je suis prêt a périr ;
––––On ne peut pas tromper sa destinée,
––––Je suis proscrit… je viens de me trahir.