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qu’il faille jurer pour ſe faire reſpecter & obéir.

Le Roi dont je parle, & que j’appellerai Bien-né, étoit gros mangeur & grand chaſſeur. Rien encore de plus naturel. Depuis Nimrod, tous les miniſtres de la guerre, de la marine, des finances, tous ceux qui entourent un ſouverain, & voudroient faire ſon métier à fa place, diſent que chaſſer eſt un plaiſir de Roi, un plaiſir noble, une image de la guerre. De quelle guerre, bon Dieu ? De celle où l’on égorgeroit des innocens déſarmés ! Mais un jeune Roi ne raiſonne pas, il chaſſe : les ſoucis de la royauté ne galoppent point avec lui, & ne l’attendent pas non plus dans le palais à ſon retour. Il a faim, il mange ; il a ſoif, il boit ; il eſt fatigué, il s’endort.

Bien-né trouvoit pourtant le tems de travailler avec ſes miniſtres ; mais c’étoit toujours ad hoc : on ne débattoit jamais librement avec lui les grandes queſtions de la politique & des loix : on ne s’entretenait jamais librement en ſa préſence des événemens publics ou particuliers : ſes courtiſans,