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Page:Daudet - La Belle-Nivernaise, 1886.djvu/54

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journée sans pleurer, sans se cogner, sans trouer ses bas.

Son camarade l’amusait, la mouchait.

Il était toujours disposé à faire le sacrifice de sa chevelure pour arrêter les larmes de Clara, au bord des cils.

Et elle tirait à pleines mains dans la tignasse embrouillée, taquinant son grand ami comme un roquet qui mordille un caniche.

La mère Louveau voyait tout cela de loin.

Elle se disait que cette petite bonne d’enfant était tout de même commode.

On pouvait bien garder Victor jusqu’à la fin de la livraison. Il serait temps de le rendre après, au moment de partir.

C’est pourquoi, le soir, elle ne fit pas d’allusion au renvoi du petit, le gorgea de pommes de terre, et le coucha comme la veille.

On aurait dit que le protégé de François faisait partie de la famille et, à voir Clara le serrer par le cou en s’endormant, on devinait que la fillette l’avait pris sous sa protection.

Le déchargement de la Belle-Nivernaise dura trois jours.

Trois jours de travail forcé, sans une distraction, sans un écart.