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Page:Daudet - La Belle-Nivernaise, 1886.djvu/13

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Louveau. Le marché est trop beau, il a été trop rondement mené pour qu’on traînasse.

Et le joyeux marinier descend vers la Seine, roulant les épaules, bousculant les couples, avec la joie débordante d’un écolier qui rapporte un bon point dans sa poche.

Qu’est-ce qu’elle dira la mère Louveau, — la femme de tête, — quand elle saura que son homme a vendu le bois du premier coup, et que l’affaire est bonne ?

Encore un ou deux marchés comme celui-là et on pourra se payer un bateau neuf, planter là la Belle-Nivernaise qui commence à faire par trop d’eau.

Ce n’est pas un reproche, car c’était un fier bateau dans sa jeunesse ; seulement voilà, tout pourrit, tout vieillit, et le père Louveau lui-même sent bien qu’il n’est plus aussi ingambe que dans le temps où il était « petit derrière » sur les flotteurs de la Marne.

Mais qu’est-ce qui se passe là-bas ?

Les commères s’assemblent devant une porte ; on s’arrête, on cause et le gardien de la paix, debout au milieu du groupe, écrit sur son calepin.

Le marinier traverse la chaussée par curiosité, pour faire comme tout le monde.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

Quelque chien écrasé, quelque voiture accrochée, un