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obliques, bien que hautains, de Paul Hervieu, tel qu’un croûton assidu aux honneurs et personnages officiels ; puis l’effroyable bobine simiesque et velue de Joseph Reinach à la voix de cuir et de bois, aux pieds prenants, sautant de fauteuil en fauteuil, avec des galanteries de gorille satisfait. Mais je réfléchissais aussitôt que cette patience, victimale et sacrificielle, enrichissait le trésor de remarques, inductives et déductives, lentement amassée par Marcel Proust, et qu’il monnaye aujourd’hui pour notre plaisir littéraire et celui de nos enfants et petits-enfants.

Gourmand irrassasié de la sottise humaine, des travers humains, des feuilles de vigne pudiquement jetées sur ces travers, des illusions vaniteuses et des attitudes avantageuses, l’auteur de Le Côté de Guermantes n’est nullement un pessimiste qui rit de tout afin de n’en pas pleurer. Le spectacle de la comédie tragique le divertit pour de bon et il est là, calé dans son fauteuil, un microscope et des pinces à portée de sa main — il est le fils d’un clinicien de premier ordre, le si regretté professeur Proust — saisissant, sur les badauds qui traversent la scène, des fragments de tissu psychologique, dont il