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L’ÉMANCIPATION DE LA FEMME

veur de l’extension du suffrage aux femmes, pour qu’il éveille chez le grand nombre, par des moyens analogues, le même sentiment vigoureux de devoir public et le même honorable désir de progrès social manifesté déjà par le petit nombre de femmes distinguées qui ont ce but louable. Sans insister sur ce sujet… je vais résumer brièvement un autre aspect de la vérité contenue dans notre motion. Je faisais remarquer tout à l’heure, comme trait caractéristique de cette agitation, que son principal objet avait plutôt un caractère indirect que direct, c’est-à-dire qu’il était uni à son action sur le caractère des femmes et, par les femmes, sur la société tout entière. Je suis d’autant plus désireux d’insister ici sur ce point qu’il me semble qu’on a tiré de cette considération quelques-uns des arguments les plus plausibles qu’on nous ait opposés. J’ai lu dans une critique de nos tentatives que les femmes n’occupent pas la sphère très-étendue d’activité qui leur est ouverte ; rien, par exemple, ne les empêche d’entrer dans tous les emplois commerciaux et industriels ; en littérature elles ont fait leurs preuves ; elles peuvent prendre carrière dans le journalisme et la médecine ; mais, dit-on, à de rares exceptions près, elles n’ont pas profité de ces avantages ; pourquoi, ajoute-t-on, au lieu de parler, ne descendent-elles pas dans l’arène pour agir ? D’après ces raisonneurs, leur inaction est une preuve concluante qu’elles ne se sentent point propres à ces occupations, et l’on nous rappelle tout ce que pourrait faire une seule femme qui se mettrait à résoudre le problème de l’initiative individuelle en usant des moyens qu’elle a à sa disposition. Pour réfuter cet argument je dois dire d’abord que si cette cause n’a pas triomphé déjà, ce n’est point par manque de femmes prêtes à descendre dans l’arène qui leur était ouverte et à diriger leur route dans une des voies qui leur sont fermées… L’insuccès, dis-je, ne tient pas au manque de femmes de cette trempe. Mais, reprend-on, elles sont en si petit nombre. Bien certainement elles ne sont pas très-nombreuses ; on m’accordera que tout le sexe féminin n’est pas composé d’héroï-