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L’ÉMANCIPATION DE LA FEMME

bitraire du plus fort régnant dans la loi même, nous frappions à la porte entre-bâillée du journalisme quand la République vint nous l’ouvrir par le décret du 5 septembre, permettant à tout Français d’émettre, à ses risques et périls, son opinion dans et par le journal, en dehors même de la ritournelle consacrée des droits civils et politiques.

L’esprit libéral de cette mesure honore les réformateurs qui ont enfin compris, comme l’Empire lui-même commençait à le comprendre, l’injustice d’interdire à la femme les publications périodiques, où se résument aujourd’hui la plupart des idées, et de la condamner ainsi à un mutisme d’autant plus pénible pour elle, qu’il n’est regardé ni comme l’attribut, ni comme la vertu spéciale de son sexe.

Nous voici donc décidément ici baptisées Français, pour parler comme pour nous taire, pour agir comme pour souffrir. Quoique nos mains pacifiques aient toujours repoussé les armes fratricides, nous venons en effet de subir toutes les calamités d’une guerre à jamais maudite. Dans nos campagnes appauvries et dévastées, partageant les douleurs et les périls de nos frères ; pressurées pendant la lutte par l’impôt, la rançon, la réquisition et le pillage, nous n’avons pu nous affranchir de la suprême douleur d’héberger un vainqueur insatiable, qui s’assied encore triomphant à nos humbles foyers insultés et conquis.

Eh bien, proclamons-le avec un légitime orgueil, dans ces jours néfastes où la France, par le principe de l’égalité civile, nous a jugées dignes de souffrir pour elle ; dans ces heures d’angoisse où elle nous a imposé les charges communes tous les citoyens, nous nous sommes trouvées fières surtout de porter le titre de Français ; nous en avons apprécié toute valeur en restant sur le sol de l’antique patrie, devant un horizon rétréci sur une frontière disputée, mais si nous en tirons gloire désormais parce qu’il nous a valu la prérogative de nous associer à tous les deuils de la patrie agonisante, nous demandons qu’il soit enfin à l’honneur comme à la peine, et