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L’ÉMANCIPATION DE LA FEMME

les vices les plus destructeurs derrière le mur de la vie privée.

Un décret du gouvernement de la défense nationale avait, on le sait, soumis les fonctionnaires à une responsabilité absolue, que la loi relative aux délits de presse, copiée sur celle de l’Empire, vient tout récemment de restreindre.

Quant aux particuliers, ils restent déchargés à priori du devoir social par l’article du code qui interdit de jamais prouver aucune accusation contre eux.

Le vote récent de l’Assemblée nationale à l’égard des fonctionnaires, ne nous laisse donc aucun motif d’espérer qu’elle comprenne mieux ici la nécessité de sauvegarder la société contre l’individu ; c’est une attestation nouvelle de l’habitude invétérée que nous avons de repousser comme trop gênants les devoirs mêmes les plus fondamentaux.

Pour qui réfléchit cependant il ne peut y avoir, dans la vie d’un homme et d’un peuple, que des actes nuisibles, indifférents ou utiles à l’ordre général. Or le législateur qui, pour les actes nuisibles, s’enlève les moyens de distinguer le vrai du faux et fait une distinction entre la vie privée et la vie publique, tient la vertu et le vice en estime égale et méconnaît ainsi les droits de la morale, de la liberté, de la conscience et de l’honneur.

Aucun homme de sens commun n’aurait la prétention, je pense, de donner une nomenclature distincte des délits qui se rattachent à la vie privée et à la vie publique, dont il est impossible de fixer les limites indécises ; il résulte de là que le pouvoir, prenant sous son patronage un certain nombre d’actes qui favorisent les passions égoïstes au détriment de l’ordre, n’est plus que l’arbitraire mis au service du mal.

Alors les individus, sujets ou citoyens, violent impunément la loi morale sous l’égide de la loi civile ; les fonctionnaires prennent les mœurs despotiques et efféminées des pachas, serviles et rampants envers un seul, hautains et arrogants envers tous, et portent leur corruption aux affaires publiques, car le même individu ne peut être