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L’ÉMANCIPATION DE LA FEMME

résolu par les députés du suffrage universel et fixé dans des budgets volés par la nation.

De tels apôtres de sophisme doivent, on le comprend, nous trouver trop ignorantes et trop corrompues pour voter et affirmer que notre condition sociale ne réclame aucune amélioration. Il est donc important d’inculquer à tous que la diminution du droit des femmes est une diminution du droit social et par conséquent de la conscience publique. Mais, reprennent d’autres satisfaits, quelle prétention étrange de regarder le suffrage féminin comme la base, ou même comme le couronnement des améliorations à apporter dans la condition sociale des femmes ; n’a-t-on pas vu de nombreuses civilisations se fonder sur la justice et prospérer sans leur donner voix représentative ?

Oui, répondrai-je, lorsque ces civilisations ont eu des législateurs dont le front était illuminé d’un rayon d’en haut, des esprits supérieurs qui leur ont apporté comme une révélation du ciel un code de philosophie rationnelle ; mais il est facile de voir que dans une société démocratique, où les lois sont l’expression de la volonté générale, l’harmonie des droits et des devoirs nécessaires ne peut s’établir sans la participation des femmes à la vie publique. Depuis surtout qu’un suffrage universel sans contrepoids tourne toutes les pensées vers l’instruction, les places et les priviléges à donner aux électeurs plutôt qu’aux obligations sociales auxquelles il faut les soumettre, on peut regarder le suffrage des femmes comme un droit personnel, une arme défensive et un intérêt social de premier ordre, non-seulement pour le vote politique ou national, mais pour le vote régional, le vote municipal, le vote professionnel, surtout dans les industries et les associations diverses de philanthropie, d’enseignement, de sciences et d’arts[1].

C’est par là seulement que nous combattrons l’anarchie de nos principes et préparerons la régénération sociale,

  1. Pour la nomination des instituteurs et des institutrices, il est clair que les intéressés, tuteurs, pères et mères de famille, etc., devraient seuls prendre part au vote.