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406 Succession géologique des êtres organisés.  

groupe d’espèces puisse être considéré comme intermédiaire entre deux espèces quelconques vivantes ou entre des groupes d’espèces actuelles. L’objection n’aurait de valeur qu’autant qu’on entendrait par là que la forme éteinte est, par tous ses caractères, directement intermédiaire entre deux formes ou entre deux groupes vivants. Mais, dans une classification naturelle, il y a certainement beaucoup d’espèces fossiles qui se placent entre des genres vivants, et même entre des genres appartenant à des familles distinctes. Le cas le plus fréquent, surtout quand il s’agit de groupes très différents, comme les poissons et les reptiles, semble être que si, par exemple, dans l’état actuel, ces groupes se distinguent par une douzaine de caractères, le nombre des caractères distinctifs est moindre chez les anciens membres des deux groupes, de sorte que les deux groupes étaient autrefois un peu plus voisins l’un de l’autre qu’ils ne le sont aujourd’hui.

On croit assez communément que, plus une forme est ancienne, plus elle tend à relier, par quelques-uns de ses caractères, des groupes actuellement fort éloignés les uns des autres. Cette remarque ne s’applique, sans doute, qu’aux groupes qui, dans le cours des âges géologiques, ont subi des modifications considérables ; il serait difficile, d’ailleurs, de démontrer la vérité de la proposition, car de temps à autre on découvre des animaux même vivants qui, comme le lepidosiren, se rattachent, par leurs affinités, à des groupes fort distincts. Toutefois, si nous comparons les plus anciens reptiles et les plus anciens batraciens, les plus anciens poissons, les plus anciens céphalopodes et les mammifères de l’époque éocène, avec les membres plus récents des mêmes classes, il nous faut reconnaître qu’il y a du vrai dans cette remarque.

Voyons jusqu’à quel point les divers faits et les déductions qui précèdent concordent avec la théorie de la descendance avec modification. Je prierai le lecteur, vu la complication du sujet, de recourir au tableau dont nous nous sommes déjà servis au quatrième chapitre (p. 124). Supposons que les lettres en italiques et numérotées représentent des genres, et les lignes ponctuées, qui s’en écartent en divergeant, les espèces de chaque genre. La figure est trop simple et ne donne que trop peu