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262 Objections diverses.  

zooïde avec sa cellule. Nous pouvons donc comprendre comment il se fait que, dans certains cas, ces organes passent graduellement de l’un à l’autre, comme me l’a affirmé M. Busk. Ainsi, chez les aviculaires de plusieurs espèces de Lepralia, la mandibule mobile est si allongée et si semblable à une touffe de poils, que l’on ne peut déterminer la nature aviculaire de l’organe que par la présence du bec fixe placé au-dessus d’elle. Il se peut que les cils vibratiles se soient directement développés de la lèvre des cellules, sans avoir passé par la phase aviculaire ; mais il est plus probable qu’ils ont suivi cette dernière voie, car il semble difficile que, pendant les états précoces de la transformation, les autres parties de la cellule avec le zooïde inclus aient disparu subitement. Dans beaucoup de cas les cils vibratiles ont à leur base un support cannelé qui paraît représenter le bec fixe, bien qu’il fasse entièrement défaut chez quelques espèces. Cette théorie du développement du cil vibratile est intéressante, si elle est fondée ; car, en supposant que toutes les espèces munies d’aviculaires aient disparu, l’imagination la plus vive n’en serait jamais venue jusqu’à l’idée que les cils vibratiles ont primitivement existé comme partie d’un organe ressemblant à une tête d’oiseau ou à un capuchon irrégulier. Il est intéressant de voir deux organes si différents se développer en partant d’une origine commune ; or, comme la mobilité de la lèvre de la cellule sert de moyen défensif aux zooïdes, il n’y a aucune difficulté à croire que toutes les gradations au moyen desquelles la lèvre a été transformée en mandibule inférieure d’un aviculaire et ensuite en une soie allongée, ont été également des dispositions protectrices dans des circonstances et dans des directions différentes.

M. Mivart, dans sa discussion, ne traite que deux cas tirés du règne végétal et relatifs, l’un à la structure des fleurs des orchidées, et l’autre aux mouvements des plantes grimpantes. Relativement aux premières, il dit : « On regarde comme peu satisfaisante l’explication que l’on donne de leur origine — elle est insuffisante pour faire comprendre les commencements infinitésimaux de conformations qui n’ont d’utilité que lorsqu’elles ont atteint un développement considérable. » Ayant traité à fond ce sujet dans un autre ouvrage, je ne donnerai ici que quelques