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  Objections diverses. 233

été que tout récemment. Bronn cite la longueur des oreilles et de la queue, chez plusieurs espèces de souris, comme des exemples, insignifiants il est vrai, de différences de conformations sans usage spécial ; or, je signalerai que le docteur Schöbl constate, dans les oreilles externes de la souris commune, un développement extraordinaire des nerfs, de telle sorte que les oreilles servent probablement d’organes tactiles ; la longueur des oreilles n’est donc pas sans importance. Nous verrons tout à l’heure que, chez quelques espèces, la queue constitue un organe préhensile très utile ; sa longueur doit donc contribuer à exercer une influence sur son usage.

À propos des plantes, je me borne, par suite du mémoire de Nägeli, aux remarques suivantes : on admet, je pense, que les fleurs des orchidées présentent une foule de conformations curieuses, qu’on aurait regardées, il y a quelques années, comme de simples différences morphologiques sans fonction spéciale. Or, on sait maintenant qu’elles ont une importance immense pour la fécondation de l’espèce à l’aide des insectes, et qu’elles ont probablement été acquises par l’action de la sélection naturelle. Qui, jusque tout récemment, se serait figuré que, chez les plantes dimorphes et trimorphes, les longueurs différentes des étamines et des pistils, ainsi que leur arrangement, pouvaient avoir aucune utilité ? Nous savons maintenant qu’elles en ont une considérable.

Chez certains groupes entiers de plantes, les ovules sont dressés, chez d’autres ils sont retombants ; or, dans un même ovaire de certaines plantes, un ovule occupe la première position, et un second la deuxième. Ces positions paraissent d’abord purement morphologiques, ou sans signification physiologique ; mais le docteur Hooker m’apprend que, dans un même ovaire, il y a fécondation des ovules supérieurs seuls, dans quelques cas, et des ovules inférieurs dans d’autres ; il suppose que le fait dépend probablement de la direction dans laquelle les tubes polliniques pénètrent dans l’ovaire. La position des ovules, s’il en est ainsi, même lorsque l’un est redressé et l’autre retombant dans un même ovaire, résulterait de la sélection de toute déviation légère dans leur position, favorable à leur fécondation et à la production de graines.