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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/76

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chemin aime beaucoup un voyageur parce qu’il lui ſouhaitte beaucoup d’argent pour en avoir plus à lui voler : mais lorsque je vois un cœur endurci contre la tendreſſe & la morale d’un pere, contre les larmes & les caresſes d’une mere, s’amollir au ſpectacle & ſe laiſſer pénétrer du langage de la Vertu ; je ſuis convaincu que la ſcene la rend aimable, & que c’eſt un moyen des plus ſûrs pour opérer la converſion de mon jeune homme. Il n’aimoit ſurement pas la Vertu & voilà tout à coup qu’on la lui fait aimer, & qu’on le force à pleurer pour elle, ſondez ſon cœur dans ce moment, vous verrez qui des deux y triomphe, ou du Vice ou de la Vertu.

Je doute que tout homme à qui l’on expoſera d’avance les crimes de Phédre & de Médée, ne les déteſte plus encore au commencement qu’à la fin de la piéce : mais vous avez bien raiſon. Si je dis ſimplement à cet homme : » Phédre eſt une Marâtre qui perſécute cruellement le fils de ſon mari, jusqu’au moment qu’elle en devient éperdument amoureuſe ; ſa déclaration n’excite que l’indignation & l’horreur de la part d’Hypolite, la rage, la honte & la jalouſie la portent à l’accuſer auprès de Théſée du crime dont elle eſt coupable elle même Théſée dans le premier moment dévouë ſon fils à la vengeance des Dieux & ce fils en devient la vidime ; « il eſt certain que ſur une pareille expoſition tout homme tant ſoit peu raiſonnable & vertueux frémira d’horreur & regardera Phédre com-