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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/75

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tel qu’on n’auroit pas ſoupçonné d’être ſenſible à ſes charmes, n’eſt ce pas opérer le prodige que la nature & la raiſon n’ont pu faire ? J’ai vû tel jeune homme que les exhortations & les larmes de ſon pere ne pouvoient rappeller de ſon égarement, laiſſer lui même couler des pleurs lorsque dans l’Enfant prodigue Euphémon embraſſe ſon fils repentant & que les larmes de la tendreſſe paternelle & de la joye effacent celles de la douleur ſur les joues de ce pere vénérable.

Parmi tant de jeunes gens libertins parmi tant de jeunes prodigues que nul respect humain, que ni devoir ni raiſon, ni les chagrins de leur famille ne peuvent rappeller au bien, ſoyez convaincu M. qu’il n’en eſt pas un ſeul, qui voyant repréſenter cette piéce, ne partage au moins dans ce moment le repentir d’Euphémon fils & qui ne ſoit alors du parti de la Vertu. Que préſumer de là, ſi non, que ſi ces libertins & ces fils dénaturés venoient ſouvent aux ſpectacles, s’ils prenoient plaiſir pendant deux heures par jour à entendre la langage de la Vertu, ſi l’on pouvoit les habituer à venir ſouvent ſe convaincre de ſes avantages dans nos Tragédies, l’amour naturel que vous leur ſuppoſez pour la Vertu deviendroit plus efficace. On aime la Vertu dites-vous, je le nie, ſi on l’aimoit on la ſuivroit : rien n’eſt plus ſimpie & plus naturel ; mais ajoutez-vous, on ne l’aime que dans les autres, eſt ce donc là l’aimer ? C’eſt comme ſi l’on diſoit qu’un voleur de grand