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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/46

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dre comme criminelle, mais ſi cette paſſion n’eſt pas encore telle & n’eſt qu’un tribut que les Auteurs impoſent aux cœurs bien faits en faveur de la Vertu, loin de changer les mœurs, ils veulent apprendre ce qui manque à leur perfection. Quand on ne verra dans le monde d’autres Amans que ceux de nos Tragédies, on pourra regarder la paſſion de l’amour comme une vertu, la nation qui la première joindra tant de délicateſſe à ſes penchans pourra ſe flatter d’être parfaite, & les Écrivains qui auront inſpiré cette délicateſſe auront fait une choſe également bonne pour les bons & pour les méchans.

Le mot de charge dans le ſens qu’il eſt entendu au ſpectacle demande encore une autre explication.

Dans les piéces du Théatre François & du Théatre Italien que nous appellons Farces, la charge peut être regardée comme l’abus de l’eſprit, & aux dépens du ſens commun, & l’on ne perdroit pas beaucoup à la privation de ce genre de ſpectacle burleſque : dans les piéces régulieres la charge eſt la multiplication des traits dont l’Auteur compoſe le portrait du ſujet qu’il veut peindre : cette charge eſt le chef d’œuvre de l’art & du génie.

Moliére par exemple a ſaiſi d’après dix vingt, trente, cent avares tous les traits caractériſtiques de l’avarice dont il a compoſé le rôle d’Harpagon ; mais tous ces traits ſont vrais. L’art de l’Auteur fut d’imaginer des ſituations, de les coudre ſi artiſtement,