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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/43

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ce, que ni moi ni mes Camarades ne ſommes applaudis dans aucun endroit de la piéce avec plus de chaleur que dans celui-ci : croire que chacun n’applaudit alors que parce qu’il déſire dans les autres des vertus qu’il ne ſe ſoucie pas d’avoir, c’eſt croire tous les hommes méchans, puiſque tous applaudiſſent alors, & c’eſt attaquer vous même l’opinion que vous dites avoir de la bonté naturelle des hommes.

Naturam expellas furcâ tamen uſque recurret.

Je ſuis perſuadé que les hommes admirent la vertu de bonne foi dès qu’ils la voyent, qu’ils la chériſſent, qu’ils déteſtent le crime & le Vice, & que ſi leurs paſſions & leurs intérêts les aveuglent ſouvent, ils n’en ſont pas moins les amis de la Vertu, ils n’en déſirent pas moins de reſſembler aux modeles qu’on leur propoſe ſur la ſcene. Je crois fermement qu’il n’eſt point d’homme qui ne ſouhaite de mériter d’être comparé à ces modeles par préférence à tous autres. Par un ſentiment naturel, par un penchant irréſiſtible, nous voyons tous les jours des méchans applaudir à de belles avions, je puis extraire d’un ouvrage très indécent une maxime qui n’en eſt pas moins admirable pour n’être pas dans ſa place, la voici : Tel eſt l’avantage de la Vertu que le Vice même lui rend hommage.

Si le ſpectacle eſt capable de faire applaudir la Vertu, il eſt donc capable de la faire aimer, ce n’eſt ſurement pas dans le moment