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leur avis, que ſa conduite & ſon goût ne peuvent jamais leur tenir lieu de démonſtration. Raiſonnons donc puiſque vous l’éxigez : pourquoi ne voulez-vous pas qu’on déſire de reſſembler à Arlequin ſauvage, pourquoi ne voulez-vous pas qu’on ſoit touché de ſon innocence & que les ſentimens qu’il inſpire partent d’un fond de bonté que les vices n’ayent pu anéantir chez les hommes ? Vous faites préſumer ſi bien par vôtre ingénieux Diſcours ſur l’inégalité des conditions, que les hommes ſont bons naturellement, qu’on peut vous l’objecter à vous même pour vous convaincre que ce n’eſt pas parce que les idées d’Arlequin ſauvage ſont neuves & ſingulieres qu’on s’en laiſſe toucher ; mais que c’eſt parce qu’elles ſont naturelles à tous les hommes, qu’elles repréſentent les premiers ſentimens que la nature a gravés dans leur cœur, qu’on les écoute avec tant de plaiſir & qu’on les ſaiſit avec tant d’avidité.

Les hommes étant donc nés bons comme vous dites, il s’en ſuit qu’un homme bon doit leur plaire, & je me laiſſe facilement perſuader que les aplaudiſſemens qu’ils accordent aux belles maximes de nos Tragédies, les ris qu’excitent les chagrins d’un vicieux tourmenté ſur la ſcene comique partent également de leur goût pour la vertu & du plaiſir qu’ils ont de voir le vice dans l’embarras. Il eſt vrai M. qu’il y a peu d’hommes qui, connoiſſant les douceurs de la ſociété, leur préferent les miſeres réelles de