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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/39

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plaiſir aujourd’hui qu’elle n’en faiſoit de ſon tems.

Les ridicules, les défauts des mœurs qu’il a corrigés ne ſubſiſtant plus, il ne ſeroit pas étonnant qu’on fut moins frappé de ſes tableaux puiſque les originaux en ſont perdus. Les ridicules laſſés de voir rire à leur dépens, les vices fatigués d’être contrariés ont pu prendre une autre forme & ſe cacher ſous un autre déguiſement : c’eſt l’affaire des Auteurs du ſiécle, d’imiter Moliére & de leur arracher le nouveau maſque qui les déguiſe. Les Écrivains du ſiécle futur en feront autant & peut-être qu’en pourſuivant ainſi les vices de retranchement en retranchement, les Auteurs Dramatiques parviendront enfin à leur défaite.

Quand Arlequin ſauvage eſt ſi bien accueilli des ſpectateurs, penſe-t-on que ce ſoit par le goût qu’ils prennent pour le ſens & la ſimplicité de ce perſonnage & qu’un ſeul d’entre eux voulût pour cela lui reſſembler ? C’eſt tout au contraire que cette piéce favoriſe leur tour d’eſprit qui eſt d’aimer & rechercher les idées neuves & ſingulieres.

S’il étoit vrai que le Public eut tant de goût pour les idées neuves & ſingulieres, les vôtres ſur la Muſique Françoiſe & ſur le ſpectacle ſeroient généralement adoptées & pour réfuter vôtre opinion il ſuffiroit ſans doute de vous montrer le peu de partiſans que ces idées ont acquis, mais avec des gens de vôtre eſpece ce n’eſt pas aſſés que l’évidence pour les convaincre, il y faut joindre encore, le raiſonnement. Le Public eſt ſi ſot à