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toiens, & allarmer la pudeur par l’exécution de rôles infames, tant par le ſtile que par les vices des perſonnages qu’ils repréſentoient. On ne voioit ſur la ſcene latine que des Paraſites, des Mercures, des Appareilleuſes & des Courtiſanes. N’auroit il pas été honteux que des gens de l’un & de l’autre ſexe euſſent rempli de pareils rôles aux yeux du Public. On avoit donc raiſon de proscrire le Théatre : les légiſlateurs vouloient inſpirer de l’horreur pour l’image des mauvaiſes mœurs, elle étoit ſi nue cette image, qu’il n’eſt pas concevable comment le Sénat n’eut pas l’autorité de l’effacer tout à fait : mais le goût effréné d’une Populace corrompue lui interdiſoit ſans doute cette entrepriſe.

La diſtinction accordée aux Attelanes, prouve toujours que les loix ne s’elevoient pas contre les ſpectacles comme mauvais en eux mêmes, ni contre des Acteurs honnêtes gens, & des Piéces où les mœurs étoient reſpectées. La loi des Romains ne fait donc rien pour vous ; ſi vous en abuſez, nous pouvons nous prévaloir de celle des Grecs qui honnoroit le Théatre, & ſur-tout d’une qui deffendit ſous peine de la vie de propoſer de toucher à des ſommes conſidérables deſtinées aux ſpectacles, même pour la deffenſe de la Patrie dans le tems qu’Athênes étoit aſſiegée par Philippe.

Les premiers ſpectacles qui parurent en France furent édifians, auſſi leurs Acteurs furent ils honnorés ce titres & de privileges : ils ne repréſentoient que les Miſteres ou le