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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/20

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faut que l’amour propre céde enfin à la vérité & que l’on eſtime univerſellement un ouvrage qui a puni des vicieux en les demaſquant & triomphé d’une vaine critique par la ſolidité de ſa morale que toutes les nations peuvent s’appliquer. Voilà M. les ſpectacles utiles qu’on doit autoriſer : les Comédiens qui les éxécutent, loin d’avoir des reproches à ſe faire, doivent ſe regarder comme les deffenſeurs de la vertu, auſſi bien que les Auteurs dont ils ſont les organes. Les attaquer, c’eſt travailler en faveur du vice. Il s’agiſſoit de les corriger, s’ils méritent les reproches que vous leur faites : il falloit obvier aux abus de la ſcene ſans la détruire. Aſſaſſiner un Payen c’eſt être un barbare, le convertir c’eſt être un Apôtre : Cortès fut un homme éxécrable. Zoroaſtre fut adoré.

Ne craignez vous pas M. de reſſembler au premier, & ne feroit il pas mieux de travailler à la converſion des Comédiens que de les immoler à la prévention que vous avez contre eux. Le Théatre a paru même à des ſaints, pouvoir devenir une excellente écôle de morale. Il faut travailler une mine longtems avant qu’elle dédomage les entrepreneurs & qu’ils parviennent à la bonne veine : Le Théatre eſt comme cette mine ; le plomb s’eſt préſenté le premier : Les loix, la police, & le génie des Auteurs ſont enfin parvenus à découvrir l’or qui ſe cachoit ſous des enveloppes craſſes & des marcaſſittes mépriſables ; & c’eſt au moment de la découverte que