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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/178

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L. H. DANCOURT

On paie mal une partie des ſujets néceſſaires ; on les abandonne à la dépravation de leurs mœurs ; on la protège même en quelque ſorte, pour les dédomager du peu de ſalaire qu’on accorde à leurs talens. Une danſeuſe, une chanteuſe des Chœurs de l’Opéra de Paris ne peut aſſurément pas avec quatre ou cinq cent livres d’apointement, ſubvenir aux frais de ſon entretien, & à ceux qu’elle eſt en même tems obligée de conſacrer au Théatre. Une honnête fille qui voudroit ne vivre que de ſes talens & non de ſon libertinage pourra-t elle prendre ce parti ?

Quelles ſont donc celles qui ſe produiront au Théatre de l’Opéra, ſi non des femmes qui projettent de ſe dédomager au dépens de leur honneur du peu de fortune que le ſpectacle leur laiſſe eſpérer ? Ce n’eſt donc point parmi les femmes ſubalternes du ſpectacle que je vous conſeille d’aller chercher la Vertu. Dans aucun état de la vie, elle ne s’unit gueres avec l’extrême pauvreté. Si la Police étoit trop ſévere à l’égard de nos figurantes & de nos chanteuſes du petit ordre, elle ſeroit injuſte puiſqu’elle exigeroit l’impoſſible, puiſqu’elle contraindroit à bien vivre des perſonnes à qui leur état en refuſeroit les moiens : mais ſi les loix s’étendent juſqu’à regler les appointemens de chaque ſujet en ſorte que le Théatre lui procure ſuffiſamment de quoi vivre, c’eſt alors qu’elles pourront s’appeſantir avec juſtice ſur les gens de mau-