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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/168

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ne ſachant pas s’occuper à bien faire, ont toujours le tems de faire du mal & ſont toujours prets à le faire, pour peu qu’un factieux, un ambitieux, un conſpirateur ait l’intention de profiter de leur mauvaiſes dispoſitions. Les Céſars faiſoient eux mêmes tous les frais des ſpectales, parce que tous les gens ſuspects, occupés des plaiſirs qu’ils leur procuroient, n’étoient plus alors diſpoſés à prêter l’oreille aux partiſans de la liberté. Ils étoient amuſés, il ne leur en coûtoit rien ; c’eſt là le comble du bonheur pour des fainéans. Comment leur perſuader alors qu’ils étoient malheureux ? Comment leur perſuader de ſecouer un joug qui leur paroiſſoit ſi doux à porter ? Il ſeroit donc avantageux pour tous les États du monde que les ſpectacles fuſſent non ſeulement le plaiſir des honnêtes gens & des riches, mais qu’on les mit à la portée des pauvres qui s’ils ſont incapables de former des projets factieux font au moins capables de les ſeconder.

Avec quelle avidité un pareſſeux indigent toujours amateur du plaiſir, ne ſe porte t-il pas à favoriſer des nouveautés qui pourroient lui procurer, à ce qu’il s’imagine, un ſort plus heureux & des plaiſirs qu’il déſire ſans ceſſe, ſans pouvoir ſe les procurer ? Mais ſi des ſpectacles amuſans & peu coûteux le captivent, qui ſera aſſés hardi, aſſés imprudent pour croire qu’il abandonnera ce plaiſir, pour aller s’occuper de projets dangereux qui l’en priveroient ſans doute. Ce n’eſt point quand