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paroit pudique dans les agaceries de la Colombe envers ſon Bien aimé. Mais M. ſi l’on voioit une belle femme ſuivre pas à pas ſon Amant comme une Colombe ſuit ſon Pigeon ; ſi lorsqu’il prendroit chaſſe elle le pourſuivoit ; s’il reſtoit dans l’inaction & qu’elle le reveillat par de Jolis coups de bec ; ſi elle faiſoit mieux enfin que la folâtre Galatée de Virgile, c’eſt à dire, auſſi bien que vôtre amoureuſe Colombe ; je ſuis perſuadé que les Caſuiſtes les plus relachés regarderoient ces agaceries comme le manege de la plus fine Coquetterie, & que nul d’entre eux, non plus qu’aucun Moraliſte ne s’aviſeroit d’y applaudir & de prendre ces grimaces pour des preuves de pudicité.

Cet inconvénient de métamorphoſer les hommes en femmes eſt fort grand par-tout, mais c’eſt ſur tout dans les états, comme Genéve, qu’il importe de le prévenir. Qu’un Monarque gouverne des hommes ou des femmes, cela lui doit être aſſés indifférent pourvû qu’il ſoit obéi, mais dans une République il faut des hommes.

Voilà par exemple un axiome politique tout nouveau, en le liſant j’ai crû d’abord que vous vouliez dire qu’il étoit indifférent à un Roi, de commander à des hommes ou à des hommes femmes, que le zele pour le ſervice & l’obéiſſance étoient les ſeules qualités néceſſaires à des peuples deſtinés à vivre ſous un Monarque bien capable de gouverner, au quel cas les petiteſſes & les ridicules des ſujets n’empêchoient pas l’État de bien aller,