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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/135

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au bien un jeune homme dont le penchant l’entraînoit au déſordre.

Ces objets céleſtes ſont rares à la vérité, mais pas autant que vous croiez. On en tire tous les jours du Couvent ; il en ſort tous les jours des mains de leurs parens, pour entrer dans le Monde. Leur naiveté peint leur candeur ; mais les hommes ont grand ſoin de ridiculiſer cette naiveté. Les gens ſages ne voient dans leur ſimplicité qu’un gage précieux de la pureté de leur cœur. Quels objets céleſtes aux yeux de la Raiſon ! Quels objets ridicules aux yeux des fous & des libertins !

Voilà l’objet céleſte entré dans le grand Monde, qu’y va-t-il voir ? Des éxtravagans, des adulateurs, des adorateurs, des conſeillers perfides. Les coquettes jalouſes ſe garderont bien de lui conſeiller la façon de s’y prendre, pour plaire à la maniere du jour. Ce ne ſont donc pas les femmes qui corrompront l’objet céleſte : mais les petits maîtres, les légiſlateurs de Toilette vont s’emparer de ſon éducation & lui donner tous les vices du tems. Ils la rendront adorable à leur maniere. Voilà l’objet céleſte devenu terreſtre : à qui la faute, s’il vous plait ? N’eſt ce pas celle des hommes ; de ces hommes plus capables que jamais de corrompre les objets céleſtes & de métamorphoſer les modèles de vertu, en originaux vicieux & ridicules ?

Paſſons maintenant à un trait qui vous met en contradiction avec vous même. Ce que vous dites ci-deſſus pour prouver que le ſpec-