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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/129

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rivaux, Boiſſi, vous n’êtes que des faiſeurs de Romans. Jean Jaques Rouſſeau de Genève l’a dit ; oſerez vous en appeller. En vain Horace & Despréaux chanteroient que vous n’avez produit que des caracteres ignorés ou entièrement négligés par les Anciens, en vain ils applaudiroient à l’uſage que vous avez fait de l’Amour, en vain vous aurez juſtifié cette paſſion en ne lui donnant que la Vertu pour principe, en vain vous aurez peint des couleurs les plus noires, toute paſſion qui n’a pas la Vertu pour objet, vôtre Cenſeur atrabilaire trouvera que tous vos ouvrages ſont des Romans, il le dira, il l’écrira, & ſes zelés Cathecuménes, l’en croiront ſur ſa parole. Mais cette qualité de Roman qu’il donne à vos écrits en exclut elle la Vertu ? C’eſt ce qu’il n’a pas dit : au contraire, il trouve mauvais que vous donniez tant d’appas à cette vertu, ce n’eſt pas là ſelon lui le moyen de la faire aimer : ce n’eſt pas à ſon avis ſçavoir faire une Piéce que d’y propoſer à déteſter un ſcélerat, que d’y faire rire aux dépens d’un vicieux ou d’un ridicule, que d’y propoſer à imiter un homme d’une vertu extraordinaire : nôtre billieux Génevois ne veut pas vous permettre de peindre les miracles de la nature, ni le triomphe de la raiſon, il veut au contraire que l’un & l’autre ſoient renfermées dans les bornes étroites où l’extravagance des hommes & leurs paſſions les resſerent ordinairement.

Le Génevois qui n’a jamais connu ſans