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Page:Dancourt - À Mr. J. J. Rousseau, 1759.djvu/106

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ſorti de la repréſentation de George Dandin bien épris de l’esprit & des talens d’Angélique, étes vous ſorti avec la dispoſition de vous choiſir une épouſe de ce caractere ? Avez vous vû quelqu’un plus épris de ſon mérite que vous ? Avez vous vû beaucoup de femmes ſe glorifier de reſſembler à celle-ci ? Ne les voyez vous pas toutes au contraire rougir de ſon impudence & de ſa malice ? On ne pouvoit donc pas faire un plus grand compliment à l’Auteur que d’obſerver qu’Angélique méritoit d’être punie & de lui reprocher qu’il avoit mis en Scene une femme détestable.

Omne tulit punctum

Et cela ſuivant vous même. Ce que vous dites de la Tragédie eſt applicable à la Comédie, & voici comme vous vous exprimez.

Je comprens bien qu’il ne faut pas toujours regarder à la Catastrophe pour juger de l’effet moral d’une Tragédie, & qu’à cet égard l’objet eſt rempli quand on s’intéreſſe pour l’infortuné vertueux plus que pour l’heureux coupable. Or on plaint George Dandin & l’on mépriſe, on déteſte Angelique, on voudroit qu’elle fut punie : donc Moliére étoit de vôtre avis, ſa piéce ne mérite aucun reproche, ſi vous voulez vous accorder avec vous même.

Un critique bien plus éclairé que vous, un Philoſophe qui loin d’être un Cinique ſauvage s’eſt attaché à mériter par ſes écrits le titre d’ami des hommes, qui ne veut que les rasſembler en Société & non pas les disperſer