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CHAPITRE III.

Suite du voyage de Mgr Bruguière. — Il entre en relation avec les Coréens.


« L’année 1834 ne s’ouvrit pas sous des auspices favorables ; j’eus un pressentiment qu’elle ne serait pas plus heureuse que les autres ; cependant je m’occupai de mon affaire comme si j’étais sûr de réussir.

« Le 10 mars, Joseph revint de Péking sans avoir rien fait. Les Coréens chrétiens ne parurent pas ; j’en connus la cause l’année d’après. Celui qui allait à Péking avec les lettres de ses compatriotes, rencontra le P. Pacifique aux frontières ; on crut que l’on ne pourrait l’introduire sans son secours. En conséquence, il revint sur ses pas. Joseph me remit une lettre de l’évêque de Péking qui portait en substance : « Les Coréens n’ont pas paru cette année-ci, ce qui n’est pas de bon augure. L’entrée du P. Pacifique sera probablement un nouvel obstacle à votre introduction. J’ignore si ce prêtre a pu entrer ou non. » Joseph apportait encore une lettre du P. Pacifique, datée du mois de novembre, lorsqu’il était sur le point de tenter d’entrer en Corée. Il y disait : « Je pense qu’il vous sera impossible de pénétrer en Tartarie et de rester avec les chrétiens du Léao-tong, car ils m’ont fort mal reçu. »

« Le 24 avril, je reçus une lettre de M. Maubant : il m’annonçait qu’il était arrivé à Péking le 1er du même mois ; il me disait de lui mander où il devait aller et ce qu’il devait faire. Je me trouvais dans le cas de lui adresser la même question. Il était parti du Fokien vers la mi-décembre : après avoir fait naufrage une fois, il arriva à la capitale, monté sur un âne. Les préposés à l’octroi se contentèrent de lui enlever toutes ses sapèques, et le laissèrent passer ; ils étaient bien loin de croire que ce fût un Européen. Il était en effet si défiguré et si couvert de poussière que Mgr de Nanking le prit pour un Chinois, quoiqu’on lui eût annoncé l’arrivée d’un Européen ; il ne commença à le croire tel, que lorsqu’il se fut convaincu par lui-même que le voyageur ne savait pas parler chinois. Sa présence jeta la consternation dans le palais épiscopal ; on ne pouvait croire qu’un Européen eût pu entrer à Péking sans les passe-ports impériaux et sans l’escorte de