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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/60

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charité, sur la moitié de mon corps, afin que la vue d’aucun indiscret voyageur ne pût parvenir jusqu’à moi. À l’approche de chaque ville et de chaque village, et il y en a prodigieusement en Chine, ils étaient deux. Cette précaution ne faisait qu’irriter la curiosité des passants ; ils voulaient absolument savoir qui était au fond du chariot, et ils en venaient à bout plus d’une fois.

« Quand nous eûmes atteint la grande route occidentale, le mauvais chemin commença. Pendant cinquante lieues nous fûmes obligés souvent de marcher sur le roc nu, ou dans les ravins ; quelquefois il fallait grimper sur des collines escarpées, et puis nous devions descendre dans de profondes vallées, marchant toujours sur le rocher sec. La descente était si rapide, qu’à vingt pas de moi je ne distinguais plus le chemin ; il me semblait qu’il se recourbait sous mes pieds. Nos mules étaient renversées par terre à chaque instant ; il y avait toujours trois ou quatre hommes qui tenaient fortement le chariot, de crainte d’accident. Quand la mule de devant voyait ces rochers qu’il fallait gravir, elle commençait à frissonner, à souffler ; puis reculant tout à coup, elle entraînait le timonier et le chariot au risque de les briser contre le rocher, ou de les précipiter au fond du ravin. Ce malheur n’arriva pas, nous ne versâmes que deux fois ; il y eut trois blessés, l’un d’eux s’est ressenti assez longtemps de ses blessures. Dans ces occasions périlleuses, tout le monde descendait ; il n’y avait que moi qui devais courir le hasard ; ils pensaient qu’il y avait moins de danger pour moi d’être froissé dans une voiture que d’être vu des passants.

« Le 10, j’arrivai au lieu où Mgr du Chang-si a sa résidence. Mon guide nous devança, pour prévenir ce prélat de mon arrivée Cette nouvelle fut un coup de foudre pour son procureur ou maître d’hôtel. «Hélas ! s’écriait-il, qu’avons-nous fait à Mgr de Nanking pour nous envoyer un évêque qui peut-être causera notre perte ? » Monseigneur le vicaire apostolique tâchait de dissiper ses craintes. Comme je n’arrivai que deux heures après ce cri d’alarme, le majordome eut le temps de reprendre ses esprits ; ainsi je ne me ressentis point de sa mauvaise humeur : il me vit même avec plaisir, et il disait, quelque temps après, aux autres domestiques : « Vraiment, c’est un bienfait signalé de la Providence, que la présence de cet évêque n’ait point encore compromis la sûreté de la mission. »

« Le vicaire apostolique du Chang-si est Italien, ainsi que tous les autres missionnaires européens qui sont dans son vicariat. Je n’ai qu’à me louer de la manière affable avec laquelle ce digne