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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/55

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« Le 20, j’éprouvrai une fatigue et une faiblesse extrêmes ; il fallait cependant marcher ; nous n’avions plus ni âne ni brouette, tout avait été congédié. Mon guide me conduisit dans un cabaret pour prendre le thé : à peine fus-je assis que je m’endormis. Mon guide épouvanté me fit sortir au plus vite, pour aller me reposer en rase campagne ; il craignait, disait-il, qu’une telle incongruité, inouïe en Chine, ne fît naître des soupçons aux autres commensaux.

« Peu après, nous nous remîmes en marche. Je considérais de temps en temps, à mon ordinaire, la hauteur du soleil et la longueur de mon ombre, pour voir s’il serait bientôt nuit ; c’était le seul moment où je pouvais jouir de quelque repos. J’en étais là, lorsque nous entrâmes dans un village. Je suivais à pas lents mon vieux guide : tout à coup je me sens saisi par deux hommes qui m’entraînent dans une maison. Je fus un peu surpris d’une si brusque attaque ; cependant je n’eus pas peur, je ne sais pas pourquoi, peut-être n’en eus-je pas le temps. En effet, je m’aperçus, lorsque je les eus un peu considérés, que ce n’étaient point des archers : tout en me faisant violence, ils avaient l’air de s’excuser, ils me disaient en leur langage : « Ne craignez rien, entrez chez nous. » Bon, me dis-je à moi-même ; ce sont des chrétiens, nous voilà arrivés ! Ce qui m’étonnait un peu, c’est qu’ils m’eussent si facilement distingué de la foule. Mais Joseph, qui m’avait précédé, leur avait donné mon signalement. J’avais, en effet, des traits si distinctifs, qu’il était facile de me reconnaître.

« La première chose que je demandai en arrivant chez mes hôtes, ce fut un lit ; mais à peine fus-je couché, que la fièvre me reprit. Je devins si faible, que je ne pus, pendant trois semaines, ni marcher ni rester assis ; j’étais obligé de passer les journées entières sur mon lit. Enfin, après un mois de repos, je n’eus plus de fièvre, et les forces me revinrent ; mais un singulier accident, survenu la nuit qui précéda mon arrivée, me procura une autre maladie.

« Le courrier qui m’accompagnait voulut me louer une couverture, malheureusement il en trouva une. Dès que je mis cette courte-pointe sur mon corps, je fus couvert, de la tête aux pieds, d’une vermine fort commune en Chine ; car il n’est aucun habitant du grand Empire du milieu, qui n’en soit abondamment pourvu. J’avais su m’en préserver jusqu’alors, à compter du moment que j’étais sorti de la barque du Fokien ; mais enfin j’en fus bientôt délivré. Cette légère incommodité fut aussitôt