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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/542

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permettais de le gronder : « Que voulez-vous, » me répondait-il, « ces douleurs m’empêchent de dormir. »


Au moment même où Mgr Berneux et ses confrères recevaient à Saï-nam-to la couronne du martyre, le mandarin Jean Nam, et Thomas Hong Pong-tsiou étaient exécutés à Nei-ko-ri. Jean, après avoir séjourné trois semaines chez son père, s’était mis en route pour revenir à Séoul. Il n’était plus qu’à deux lieues de la ville, lorsqu’il rencontra un chrétien, nommé Philippe Tjiang, qui lui apprit l’arrestation de l’évêque et des missionnaires, et les poursuites dirigées contre lui. Le voyant pâlir à cette nouvelle, Philippe ajouta : « Je suppose qu’en présentant votre supplique au régent, vous avez fait d’avance le sacrifice de votre vie. Vous auriez tort de fuir ou de vous cacher : un mandarin ne se cache jamais quand les satellites viennent l’arrêter. » Jean, trop effrayé pour suivre cet avis, congédia les six hommes qui l’accompagnaient, arracha ses insignes de mandarin, et se réfugia, trois lieues plus loin, dans une auberge du village de Tchoupei-te-ri. Le traître Ni Son-i parvint à découvrir le lieu de sa retraite, et, avec quelques satellites, alla cerner l’auberge jusqu’à l’arrivée d’un petit mandarin de la capitale, qui fit l’arrestation selon les formes légales. Le 2 mars, Jean était enfermé dans la prison du Keum-pou. Devant les juges, il s’excusa d’avoir pris la fuite, sur ce que la religion ne veut pas qu’on s’offre de soi-même à la mort. Il protesta énergiquement contre l’accusation de rébellion, et soutint que la lettre même qu’on lui reprochait était un acte de dévouement à son pays et à son roi. Depuis plusieurs années, Jean, tombé dans la tiédeur, avait négligé de recevoir les sacrements ; mais il répara sa faute par une courageuse confession de foi, et sa constance dans les tortures fut admirable. Plusieurs fois, il entrevit Mgr Berneux et les autres missionnaires prisonniers ; mais on ignore s’il put leur parler et se confesser.

La sentence de mort portée contre lui et contre Thomas Hong fut exécutée le 8 mars. Le cortège qui conduisait au supplice l’évêque et les missionnaires était à peine en route, que deux charrettes, traînées chacune par un bœuf, s’arrêtaient devant la prison du Keum-pou. Sur chaque charrette était une croix grossière. Voici comment se font habituellement ces exécutions. Le condamné, les pieds placés sur un escabeau, est attaché à la croix par des cordes qui lui retiennent les bras et les genoux ; ses cheveux relevés sont fixés par une petite corde, et, au sommet de la