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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/535

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cris de douleur. Aux divers interrogatoires que Mgr Berneux eut à subir, deux soldats chrétiens, Jacques So In-kiei-mi et son parent, So Sieng-kiei-mi, se trouvaient être de service et placés assez près de lui. C’est par eux et par d’autres soldats ou employés chrétiens, que l’on a connu les principales réponses des confesseurs, et quelques détails sur leurs souffrances.

« Quel est votre nom ? » demanda le juge. — « Tjiang (c’était le nom coréen de Mgr Berneux). — Qu’êtes-vous venu faire en Corée ? — Sauver vos âmes. — Depuis combien d’années êtes-vous dans ce pays ? — Depuis dix ans, et pendant ce temps j’ai vécu à mes dépens ; je n’ai rien reçu gratis, pas même l’eau ou le bois. » Monseigneur faisait allusion aux calomnies des païens qui prétendaient que les missionnaires, manquant du nécessaire dans leur propre pays, ne venaient en Corée que pour s’enrichir. « Si on vous met en liberté, et qu’on vous ordonne de retourner dans votre pays, obéirez-vous ? — Si vous m’y reconduisez vous-même de force, il faudra bien que j’y aille, sinon, non. — Mais nous ne connaissons pas votre pays, comment donc pourrions-nous vous y reconduire ? Votre réponse signifie que vous ne voulez point quitter la Corée. — Comme vous voudrez : je suis entre vos mains, et je suis prêt à mourir. »

Le lendemain, 27, nouvel interrogatoire. Cette fois le régent était présent avec son fils aîné. « Quel est votre pays ? — La France. — Comment êtes-vous venu en Corée ? — En barque. — Qui vous a amené ? — Hong Pong-tsiou. (Lui-même l’avait avoué peu auparavant.) — Combien y a-t-il de prêtres en Corée ? — Il y a neuf prêtres. (C’était le nombre indiqué par le traître Ni Son-i). — Quel est votre maître de maison ? — Hong Pong-tsiou. — Combien avez-vous instruit de personnes ? — Un grand nombre. — Où demeurent-elles ? — De tous côtés. — Où sont les neuf autres prêtres ? — Je n’en sais rien. — Si l’on vous dit de vous en aller, retournerez-vous dans votre pays ? — Non, à moins qu’on ne m’y reconduise de force. — Apostasiez ! — Non, certes, je suis venu prêcher la religion qui sauve les âmes, et vous voudriez que je la renie ! — Si vous n’obéissez pas, vous serez frappé et mis à la torture. — Faites ce que vous voudrez ; assez de questions inutiles. » L’effet suivit de près la menace. On fit subir au vénérable évêque, entre autres tortures, la bastonnade sur les jambes et la poncture des bâtons sur tout le corps, principalement sur les côtes. Les os des jambes furent bientôt dégarnis de leur chair, mis à nu et horriblement contusionnés. Son corps n’était plus qu’une plaie. Le supplice terminé, on