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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/531

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nord et Mgr Daveluy au midi. Tio Kei-tsin-i, le beau-père du régent, leva la difficulté ; il fournit soixante-dix francs pour les frais du voyage, une de ses chaises et deux porteurs. Thomas Kim partit alors pour avertir Mgr Berneux ; et Antoine Ni s’en alla chercher Mgr Daveluy. Celui-ci arriva à Séoul le 25 janvier, et Mgr Berneux quatre jours plus tard. Le 31, Jean Nam se présenta chez le régent pour l’informer de la présence des évêques. Il fut reçu assez froidement, et avant qu’il put ouvrir la bouche, le régent lui dit : « Comment, vous êtes encore ici ! Je vous croyais descendu en province pour aller rendre visite à votre père. — Je dois y aller en effet, Excellence, mais j’ai dû rester à la capitale pour l’affaire importante que… — Oui, oui, » interrompit le régent, « je sais ; mais rien ne presse maintenant, nous verrons plus tard. Et puisque vous allez voir votre père, consultez-le un peu sur tout cela. » Le père de Jean, nommé Augustin Nam, était un vieillard de quatre-vingt-quatre ans, excellent chrétien. En apprenant de la bouche de son fils ce qui s’était passé, il lui dit : « Tu as fait l’œuvre d’un sujet dévoué, mais il t’en coûtera certainement la vie. Quand on te fera signer ta condamnation à mort, ne manque pas d’en effacer toute expression injurieuse à la religion. »

L’accueil que le régent avait fait à Jean Nam inspira quelques inquiétudes. Mgr Berneux voyant qu’on différait l’entrevue, sous prétexte de la proximité du jour de l’an coréen, regretta d’avoir interrompu inutilement sa visite pastorale, et après quelques jours de repos, il alla donner les sacrements dans les chrétientés voisines de Pou-piang et de In-tsien. Il y passa trois jours, et rentra chez lui le 5 février. Mgr Daveluy, de son côté, était retourné au Naï-po, pour reprendre ses travaux habituels. Cependant Mgr Berneux ne voulut pas s’éloigner de la capitale, et depuis le 5, il ne sortit de sa maison que pour aller deux ou trois fois, à cinq minutes de distance, chez le catéchiste Marc Tieng, donner la confirmation et les autres sacrements à quelques néophytes des provinces septentrionales. Il attendait les événements, et, malgré tout, l’espérance dominait dans son cœur, comme on peut le voir par le billet suivant qu’il écrivait à M. Féron, le 10 février. « Je ne sais si, dans ma dernière lettre, je vous ai prié d’acquitter une messe pour la paix du royaume, et l’heureuse conclusion des affaires qui occupent tous les esprits. Dans le cas où je ne l’aurais pas fait, je vous le demande maintenant. C’est la mère du roi, — n’en dites rien à personne, — qui désire que chaque missionnaire célèbre une messe à ces