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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/527

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ainsi ? — Oui, du fond du cœur. — Mais si je vous fais mourir, vos parents et les autres chrétiens ne chercheront-ils pas à se venger sur moi de votre mort ? — Jamais. » Sur cette assurance, le juge prononça immédiatement la sentence, et afin d’éviter des formalités gênantes et de longs retards, il les condamna à être étranglés dans la prison.

L’exécution se fait habituellement de la manière suivante. Un trou est pratiqué dans le mur de la prison, à un peu plus d’un pied de hauteur. Après avoir mis la corde en nœud coulant au cou du patient, on la passe par ce trou, et à un signal donné de l’intérieur de la prison, le bourreau placé en dehors tire brusquement sur la corde de toutes ses forces. Quand la victime a succombé, on traîne le cadavre au dehors, et on le jette dans les champs où il reste sans sépulture. Au jour fixé, pendant qu’on faisait les derniers préparatifs, les confesseurs demeurèrent quelques instants à genoux, offrant à Dieu le sacrifice de leur vie, puis ils dirent au bourreau : « Quand tu nous auras étranglés, enterre nos corps avec le plus grand soin, car dans quelques jours on viendra te les demander, et tu seras largement récompensé de ta peine. » Puis Xavier dit à Jean : « Tu es le plus jeune, je crains que la vue de mon supplice ne te fasse trop d’impression ; passe le premier, je te suis immédiatement. » Ainsi fut fait, et quelques minutes après nos deux martyrs étaient introduits par les anges dans la cité céleste. C’était vers le 10 de la douzième lune (janvier 1866). Selon la recommandation qui lui avait été faite, le bourreau enterra leurs précieuses dépouilles ; et, le mois suivant, les chrétiens purent les racheter, et leur donner une sépulture honorable.

Quelques semaines après la mort de Xavier, M. Calais passa dans le village de Kon-aki, pour y administrer les sacrements. La famille du martyr vint demander pour lui une messe, à laquelle sa femme et l’aîné de ses fils communièrent. Le missionnaire demanda au second fils, petit garçon de huit ans, où était son père ; l’enfant, levant la main, lui montra le ciel en disant : « Il est là-haut, en paradis. »

Ces martyrs du Hoang-haï et du Kieng-sang, furent les premiers de cette année 1866, glorieuse entre toutes dans l’histoire de la mission de Corée. La persécution cependant n’était pas encore officiellement déclarée, et ces violences isolées n’étaient que les souffles avant-coureurs de la tempête. L’enfer préludait ainsi à ce déchaînement de haine et de férocité sataniques, qui bientôt allait bouleverser de fond en comble l’Église