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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/510

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yeux sur les abus et les malversations de tout genre qui réduisaient le peuple à une misère insupportable. Il est mort sans enfants, et le pouvoir suprême s’est trouvé dévolu à une femme, veuve d’un des rois précédents, la reine Tcho, qui, le jour même de son avènement, a adopté un enfant de douze ans, fils d’un prince de Corée. La régente a confié le gouvernement du royaume au père de ce nouveau roi. Cet homme n’est hostile ni à la religion qu’il sait bonne, ni aux missionnaires qu’il connaît sous de très-bons rapports ; il n’ignore pas que nous sommes ici huit Européens, il a même parlé de l’évêque en particulier à un mandarin païen avec lequel j’ai quelques relations. C’est à l’occasion d’une lettre des Russes qui demandent à faire le commerce avec la Corée ; il a dit à ce mandarin que si je pouvais le débarrasser des Russes, il accorderait la liberté religieuse. J’ai fait répondre au prince que, malgré tout mon désir d’être utile au royaume, étant d’une nation et d’une religion différente de celles des Russes, je ne pouvais avoir sur eux aucune influence ; que je craignais autant que personne le danger dont était menacé le pays de la part de ces hommes qui, tôt ou tard, trouveraient moyen de s’établir sur le territoire coréen ; mais que le refus constant du gouvernement de se mettre en rapport avec aucune puissance européenne, refus que je m’abstenais de blâmer, ne me laissait aucun moyen de conjurer un danger qu’il était cependant urgent de prévenir. J’ignore si cette réponse a été rapportée au prince.

« Sa femme, mère du roi, connaît la religion, a appris une partie du catéchisme, récite chaque jour quelques prières, et m’a fait demander des messes d’action de grâces pour l’avénement de son fils au trône. Mais, d’un caractère naturellement mou, craignant, aujourd’hui surtout, de se compromettre, elle ne pourra nous rendre aucun service, et je doute qu’elle puisse jamais être baptisée. La nourrice du roi, qui continue à résider au palais, est chrétienne ; je l’ai confessée cette année. Si elle était instruite et un peu capable, elle pourrait nous rendre bien des services, parce que tout jeune qu’il est, le roi, quand il veut une chose, ne trouve personne, pas même la reine régente, qui ose le contredire ; mais cette nourrice est l’être le plus borné que je connaisse, une véritable bûche. On prétend qu’elle a parlé au roi de la religion et des missionnaires européens, et que celui-ci a répondu qu’il se ferait chrétien, et verrait l’évêque ; je n’en crois rien, elle n’est pas de taille à cela. Voilà un côté de la médaille, voyons le revers.