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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/503

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de catéchumènes. Le bruit de toutes ces conversions devait naturellement exciter des persécutions contre ces néophytes ; un certain nombre, en effet, ont été chassés de leur district par le mandarin ; d’autres ont vu leurs maisons démolies parles païens. Ces vexations nuisent un peu au progrès de la foi en effrayant les catéchumènes encore peu solides. J’aurais bien des faits édifiants, admirables, à vous citer, mais le temps me manque. Pour ne pas obliger tous ces chrétiens à venir se confesser à la capitale, et leur épargner la fatigue et les dépenses d’un voyage de cent lieues, je leur avais promis de leur envoyer un missionnaire. Au printemps ce fut impossible ; M. Féron et M. Calais attaqués du typhus, n’étaient pas encore suffisamment rétablis, M. Joanno se mourait, tous les autres étaient occupés dans leurs districts ; il fallut ajourner à l’automne. Au mois de septembre, tout mon monde était harassé. Ne voulant pas compromettre leur santé, j’y suis allé moi-même. Ce voyage de cent lieues tout en pays païen, où il faut loger dans les auberges, était dangereux pour moi surtout, à cause de ma figure anticoréenne. Mais comme personne autre ne pouvait faire cette expédition, et que, d’ailleurs, je ne pouvais laisser ces chrétiens sans sacrements, je jugeai que la volonté de Dieu était que je prisse ce travail pour moi. J’ai visité ces chrétientés naissantes ; ensuite, reconnu par les païens, j’ai été arrêté, injurié, retenu prisonnier dans une auberge, puis relâché moyennant une quarantaine de francs, et me voilà. Il y a trois ans, on m’eût conduit au mandarin, et de là à l’échafaud.

« Ces conversions, qui se déclarent chaque jour sur tous les points du royaume, multiplient le travail et les fatigues et nous prennent un temps considérable, en sorte que nous sommes débordés sans pouvoir faire face à tous les besoins. Obligé de prendre moi-même l’administration d’un assez vaste district, occupé par la correspondance avec les confrères, les nouveaux surtout dont l’inexpérience rencontre à chaque pas des difficultés, par la correspondance avec les chrétiens, et par toutes les affaires de la mission, les vingt-quatre heures de chaque jour ne me suffisent plus. Je m’agite, je m’embarrasse dans cette multitude d’occupations, et rien ne se fait, et c’est au moment où dix nouveaux missionnaires ne seraient pas de trop que les miens me sont enlevés coup sur coup. La nature de la maladie de M. Joanno ne laissait aucun espoir, et m’avait préparé à ce sacrifice. Un autre m’était réservé, d’autant plus pénible qu’il était moins prévu. À mon retour de Hoang-haï, j’ai appris que M. Landre, dont j’arrose le nom de mes larmes, qui faisait tant de bien, est