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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/50

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voulut l’entendre, que j’étais un ta si iang jen (Européen ou homme de la grande mer occidentale) ; il disputa longtemps avec son compagnon de voyage : « Cela n’est pas possible, disait celui-ci, tu es un téméraire ; un Européen aurait-il osé s’avancer jusqu’ici ? — Je ne suis point un téméraire, reprenait l’autre, je dis la vérité ; c’est un Européen, je l’ai reconnu à ses yeux bleus, je suis prêt à parier avec qui que ce soit. » Heureusement il fut obligé de partir par un chemin bien différent du nôtre ; cela mit fin à une dispute qui aurait pu devenir tout autrement sérieuse. Cette petite aventure rendit mes courriers plus intraitables, et ma situation plus pénible.

« Le 4, nous rencontrâmes une douane placée au milieu d’un lac ; nous la passâmes sans difficulté et sans danger. Notre premier guide commença à trembler de nouveau ; il dit aux deux autres : « Vous pouvez seuls accompagner l’évêque ; pour moi, je ne suis plus de la partie. » Une si triste annonce les affligea. Joseph fut encore obligé de se mettre en frais, pour l’exhorter à la patience et pour ranimer son courage ; enfin il fit si bien, qu’il le persuada ; pour la troisième fois, il consentit à m’accompagner.

« Le 5, nous voyageâmes sur la route impériale et centrale de Péking. Rien n’est plus pitoyable que ce chemin : sur les montagnes, c’est une échelle ou un escalier ; dans les plaines, pendant les pluies, ce n’est qu’une couche de boue de quelques pieds de profondeur ; quelquefois on rencontre des bourbiers sans fond, dans lesquels le char s’enfonce jusqu’à l’essieu, et les chevaux jusqu’aux oreilles ; il n’est pavé ni entretenu nulle part ; on n’y fait des réparations que lorsqu’il est entièrement impraticable. Les voyageurs marchent de préférence dans les champs voisins, soit pour abréger (car le chemin fait de très-nombreuses sinuosités), soit pour n’être pas obligés de battre continuellement la boue ou la poussière, selon que le temps est sec ou humide.

« Le 6, je fus reconnu pour la troisième ou quatrième fois. Mes gens s’étaient arrêtés dans une échoppe placée sur la grande route, pour prendre le thé. Un mandarin survint ; ses porteurs voulurent boire avec nous ; ils placèrent la chaise et le mandarin qui était dedans précisément devant moi, pour que Son Excellence pût contempler tout à son aise un si étrange personnage. Pendant que tout le monde était à se rafraîchir, il passa un groupe de Chinois qui allaient, disait-on, à l’audience du mandarin de la province. Un d’eux s’écria : « Voilà un Européen ! »