Ouvrir le menu principal

Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/493

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pouvoirs, ont pour mission de consoler le peuple, de réformer les abus de l’administration, et de rendre aux lois leur vigueur. Mais depuis longtemps un anaik-sa, en Corée, ne peut satisfaire le gouvernement qu’en épouvantant le peuple, et en tuant beaucoup de monde. L’un de ces deux délégués ayant voulu agir par les voies de douceur, fut de suite révoqué, envoyé en exil, et remplacé par un monstre de cruauté. Les deux anaik-sa, par ruse, par flatterie, par promesses, par menaces, et par trahison, ont peu à peu dissipé les attroupements ; leurs satellites ont à la dérobée, et pendant la nuit, saisi quelques personnes de tous les districts soulevés, et les ont mises à mort sans distinction et sans jugement.

« Le gouvernement, satisfait, a porté au compte du budget le prix de toutes les maisons brûlées par le peuple. On a ordonné une révision du cadastre aux frais des propriétaires. Ceux-ci ont été écrasés de dépenses, l’État n’y a pas gagné une sapèque, les prétoriens seuls en ont profité. De toutes parts, ils ont trouvé des champs qui n’étaient pas soumis à l’impôt, mais ils gardent pour eux cette connaissance, et perçoivent cet impôt à leur propre compte. Les mandarins n’ignorent pas cette maltôte, mais la race prétorienne est si puissante, qu’ils n’essayent pas de leur enlever le produit de ces vols. Le ministre Kim Piong-ku-i est rentré au pouvoir ; son cousin Kim Piong-kouk-i est incapable de gérer les affaires, et il le sent bien ; aussi laisse-t-il le premier reprendre la puissance pour ne pas être renversé lui-même. Une dernière loi vient d’être proposée pour augmenter l’impôt annuel d’au moins cinq millions, ce qui est énorme pour ce pays, et le peuple, plus faible que jamais, souffre et paye en silence.

« On a découvert ou prétendu découvrir, au mois d’août, une conspiration qui aurait eu pour but de mettre sur le trône un parent éloigné du roi. Le chef du complot, Ni Ha-tchon-i, homme petit, difforme, et sans aucun talent, a, dans les supplices, présenté un billet au premier ministre interrogateur ; celui-ci, après l’avoir lu, l’a de suite brûlé sans rien dire. On prétend que, dans ce billet, Ha-tchon-i disait qu’il avait été engagé à conspirer par la reine Tcho, femme du roi précédent. Cette femme, que tout le monde connaît comme très-violente, a déjà plusieurs fois tenté d’empoisonner le roi ; néanmoins, on ne peut ni la tuer ni même l’exiler, parce qu’elle est le nœud de légitimité de succession entre le roi actuel et le roi précédent. La faire disparaître, serait, d’après les mœurs coréennes, abolir la légitimité et déclarer le roi actuel usurpateur du trône. Ni Ha-tchon-i a été