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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/491

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celle qui avait pu engendrer un tel fils devait être une créature bien étonnante, bien supérieure à toutes les autres femmes. Il était évident qu’elles ne voulaient rien moins que la dépouiller de ses habits ; le mandarin justement alarmé, mais ne pouvant, d’après les mœurs coréennes, recourir à la force contre une foule de femmes désarmées et tout à fait inoffensives, fut, pour échapper à l’outrage, obligé d’en venir aux supplications, et à force de prières et de ruses, parvint, ce jour-là, à les éloigner. La mère du mandarin, instruite de ce qui s’était passé, entra dans une furieuse colère et dit à son fils : « Comment, c’est lorsque je descends en province pour te voir, que tu me fais recevoir un outrage si sanglant ! et cela dans ta propre maison ! Je pars dès demain matin ; fais attention que tout soit prêt pour une heure très-matinale. » Ainsi dit, ainsi fait, et la dame se mit en route avant le lever du soleil ; mais les veuves qui avaient eu connaissance de son projet l’attendaient sur le chemin, et, se précipitant sur le palanquin, la mirent dans un état de nudité complète, en l’accablant des sarcasmes et des quolibets les plus grossiers. Le pauvre mandarin s’est enfermé dans sa maison pour y cacher sa honte ; mais l’affront qu’il a causé à sa mère, et par là à toute sa famille, ne sera jamais lavé aux yeux des Coréens. C’est un homme déshonoré.

« Dans un autre district du midi, le peuple, fatigué par les concussions de son mandarin, fit préparer un repas dans une maison particulière près du prétoire, et alla l’inviter à dîner. « Mais pourquoi ? » dit le mandarin surpris. — « Le peuple, » répondit-on, « désire traiter une fois son magistrat ; il n’y a pas d’autre raison. » Le mandarin, étonné d’une pareille affaire, refusa longtemps, mais enfin, la foule s’opiniâtrant dans sa demande, il se rendit malgré lui. Il entra donc dans la maison et, prenant place à table : « Mais enfin, » s’écria-t-il, « dites-moi à quel titre et pour quelle raison vous me servez ce repas ? » Un de la troupe répondit pour tous : « Notre mandarin mange bien les sapèques du peuple sans titre ni raison, pourquoi ne mangerait-il pas également son riz sans titre ni raison ? » La leçon était sévère, et le mandarin, couvert de honte, se hâta de quitter le district.

« Ces divers incidents, grossis par la renommée, furent bientôt connus dans tout le royaume, et, de toutes parts, le peuple se hâta de se venger de ses oppresseurs. En moins de six semaines, plus de quarante mandarins avaient été forcés, d’une manière ou d’une autre, à déserter leurs postes ; des attroupements