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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/481

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trebande et, après avoir échange quelques paroles insignifiantes, ils regagnèrent leur poste. Nous continuâmes notre route. Après huit jours de navigation, nous arrivâmes sans accident à l’entrée du fleuve qui conduit à la capitale. Un de nos matelots descendit à terre et, prenant un sentier à travers les montagnes, courut annoncer notre arrivée à Mgr Berneux. Le lendemain, nous arrivâmes au pied d’une montagne déserte et éloignée de toute habitation. C’était le lieu où nous devions débarquer. Deux chrétiens déterminés, envoyés de Séoul par Sa Grandeur, nous y attendaient. Nous descendîmes dans une toute petite nacelle, le samedi soir, veille de Quasimodo, et après avoir ramé cinq heures contre le courant, nous mîmes pied à terre. Il était plus de minuit, et il nous restait trois lieues à faire pour gagner la capitale.

« Chaussant à la hâte nos souliers de paille, passant adroitement l’orteil par le trou qui, dans les chaussures coréennes, lui est destiné, la tête couverte d’un grand chapeau de paille, nous suivîmes nos courriers. Le sentier était étroit et escarpé, nous marchions l’un à la suite de l’autre, et dans la profonde obscurité, plusieurs d’entre nous mesurèrent de toute leur longueur le solde la nouvelle patrie. Un instant, nos conducteurs perdirent leur route, ce qui nous valut un surcroît de fatigues. Enfin, après bien des alertes, nous entrâmes vers quatre ou cinq heures du matin, dans la maison d’un catéchiste, où nous attendaient un bon potage coréen et un verre de vin de riz. Après avoir fumé la pipe de l’hospitalité, nous reprîmes notre route vers le palais épiscopal. Le long d’une étroite ruelle du faubourg, nous rencontrâmes un individu dont le costume un peu extraordinaire n’annonçait rien de bon. Notre premier guide jugea prudent de ralentir le pas, et tout en suivant ce personnage à quelques pieds de distance, il eut soin d’entretenir une conversation bien nourrie avec le catéchiste, afin d’ôter à l’autre l’envie de nous adresser la parole. Nous n’osions ni tousser, ni lever les yeux. Après environ dix minutes, cet homme prit une rue déserte et nous laissa continuer notre chemin. C’était un agent de police qui faisait sa ronde.

« Quelques instants après, nous franchissions la grande porte de l’Ouest et, après avoir traversé quelques rues sales et tortueuses, nous nous trouvâmes en face d’un portail qui s’ouvrit pour nous laisser passer, et se referma subitement derrière nous. Aussitôt des chrétiens, car il n’y avait pas à s’y méprendre, s’approchèrent de nous, enlevèrent nos sandales et nos chapeaux de paille,