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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/47

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page ; heureux si nous avions pu le conserver longtemps ! Mais le bonheur de ce monde est de courte durée, et bientôt il fallut renoncer à tout ce train. Les pluies, les mauvais chemins, les bourbiers que nous rencontrions à chaque pas, nous forcèrent à mettre pied à terre. Au lieu d’être portés par nos brouettes, ce fut nous qui dûmes alors les porter : restait, il est vrai, la poste aux ânes ; mais notre guide, par une trop grande économie, ne voulait pas en louer ; et quand, harassé de fatigue, il en cherchait, souvent il n’en trouvait pas. Je demandai que l’on me procurât une monture, à quelque prix que ce fut ; on me loua un âne pour une demi-journée, ce fut la première et la dernière fois. J’eus le malheur de donner une fois mon avis, il fut mal reçu ; l’on me condamna au plus rigoureux silence. Quelqu’un me fit observer que c’était faire injure au chef de la caravane : c’est à lui de tout prévoir et de tout régler dans sa sagesse. Une réflexion intempestive pouvait l’offenser, et lui faire rebrousser chemin.

« Il fallut donc marcher comme les autres. Les patins chinois et leurs bottes en guise de bas me blessèrent bientôt les pieds : j’enlevai cette singulière chaussure, et j’allai nu-pieds. Mes courriers virent cela avec peine : « Pou haou kan, me disaient-ils ; cela n’est pas beau à voir. » Il est rare, en effet, de rencontrer un Chinois sans souliers ; un mendiant peut mourir de faim, mais il ne peut point mourir déchaussé. Mon vieux guide tenait si fortement à sa chaussure, qu’il passait les rivières avec ses souliers.

« J’étais parti de Nanking mal guéri de la fièvre ; dès le premier jour de marche, je me trouvai plus mal. La fatigue, la chaleur, la privation de nourriture et de boisson, les vexations de tout genre que j’eus à essuyer, me causèrent de violentes douleurs d’entrailles, accompagnées d’une maladie qui avait tous les symptômes de la dyssenterie. La fièvre, qui se déclara aussitôt, me réduisit dans un tel état de faiblesse, que j’étais obligé de me coucher ou de m’asseoir à chaque moment. J’aurais eu besoin de quelque repos, mais il ne fut pas possible de m’en procurer. Séjourner dans une auberge, c’était, disait-on, dangereux ; faire venir un médecin, c’était s’exposer encore davantage. On aurait pu aller chez les chrétiens, mais personne ne les connaissait ; prendre des informations auprès des gentils, c’était commettre une grande imprudence. Tout cela était vrai. Il n’y avait d’autre moyen que de se rendre au plus tôt dans le Che-ly, se remettant pour tout le reste entre les mains de