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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/445

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son, Messieurs et chers confrères, que je vous ai demandé encore des missionnaires pour le printemps de 1859. Le temps semble arrivé où l’œuvre de Dieu peut être avancée dans ce royaume, veuillez donc nous venir en aide et croyez bien que, sans un besoin extrême, je ne ferais pas d’instances, parce qu’ici tout ce qui n’est pas nécessaire entrave. Connaissant votre zèle à subvenir aux plus urgentes nécessités, je regarde comme assuré que deux confrères arriveront à l’époque indiquée ; et en conséquence je ferai tous les préparatifs pour les envoyer chercher. Ils doivent être à Chang-haï en novembre ou en décembre 1858, et partiront en janvier 1859 pour arriver, vers le 19 mars, aux îles où un bateau les ira prendre. Que s’ils ne viennent pas à ce rendez-vous, je ne sais comment nous passerons l’année 1859 ; l’argent va nous manquer, et déjà nous sommes grevés d’une dette de trente mille francs. »

Par suite de cette demande, deux nouveaux missionnaires, MM. Landre et Joanno, furent envoyés en Corée, où ils essayèrent de pénétrer par mer dans le courant de l’année 1859. Mais l’impéritie ou le mauvais vouloir du capitaine chinois fut cause qu’ils manquèrent au rendez-vous, et durent rentrer à Chang-haï, après trois mois d’inutile navigation.

L’histoire de l’année suivante (1857-1858), nous est racontée dans diverses lettres adressées au séminaire des Missions-Étrangères par Mgr Berneux, M. Pourthié et Mgr Daveluy. Le fait le plus saillant est la mort de M. Maistre, mort qui fut pour ses confrères, déjà surchargés de travail, une bien douloureuse épreuve. Du reste, l’état général de la mission n’a pas changé. Ce n’est, comme les années précédentes, ni la guerre ni la paix, ni la persécution proprement dite ni la tranquillité. L’œuvre de Dieu va toujours en progressant, au milieu de difficultés de toutes sortes. Mais au lieu d’en résumer les détails, laissons, au risque de quelques redites inévitables, les missionnaires eux-mêmes nous raconter, chacun de son côté, leurs tribulations et leurs joies, leurs craintes et leurs espérances. Ces lettres que nous citons ont été écrites par des martyrs ; elles sont, à ce titre seul, des monuments précieux, chers aux cœurs chrétiens.

La lettre de Mgr Berneux est du 14 août 1858.

« À l’époque où je vous écrivais l’année dernière, notre horizon était sombre ; on parlait de persécution générale, et déjà des arrestations avaient eu lieu. Dans le cœur de l’hiver, sur différents points du royaume, des chrétiens furent saisis et emprisonnés. Dans le district de Mgr d’Acônes, un village entier, pour se sous-