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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/44

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promettre avant d’avoir pris conseil de ses compatriotes. Il partit quelque temps après.

« Mgr de Nanking voulut que Joseph accompagnât le P. Pacifique en Tartarie. « Tu connaîtras, lui dit-il, le chemin ; tu prendras des arrangements avec les chrétiens du Leao-tong, afin que l’évêque de Capse puisse loger chez eux en sûreté jusqu’à son entrée en Corée. Ensuite tu iras le prendre au Fokien ; et tu le conduiras, par le même chemin, jusqu’au lieu destiné. »

« Le P. Pacifique et Joseph s’acheminèrent donc, après Pâques, vers la Tartarie. Quand ils furent arrivés à la grande muraille, ils n’osèrent point passer par la porte ; ce pas est, en effet, difficile à franchir ; ils escaladèrent le mur par une des brèches que le temps a faites. Celles qui sont le plus près de la porte sont gardées par des patrouilles, qui font la ronde à certaines heures du jour : ils furent assez heureux pour ne pas rencontrer la garde. Mais ce n’était pas tout que d’entrer soi-même, il fallait encore faire entrer les malles ; elles contenaient plusieurs objets de religion, qui auraient pu grandement compromettre les porteurs. Ils engagèrent trois femmes chrétiennes à monter sur un chariot avec les effets, et à tenter le périlleux passage ; ils étaient convenus d’avance du lieu où ils devaient se rencontrer. La tentative réussit heureusement. Arrivés en Tartarie, le P. Pacifique devait commencer la mission dans le Leao-tong, et Joseph me chercher un asile parmi les chrétiens. Les premiers auxquels il s’adressa parurent désirer de me recevoir ; ils dirent quelques paroles flatteuses à ce jeune homme : celui-ci prit ces compliments pour des témoignages sincères de dévouement. Sur cela, il vint en toute hâte à Nanking, pour me rejoindre.

« Il était porteur de quelques lettres de l’évêque de cette ville. Ce prélat donnait ordre à ses missionnaires de me fournir toutes les choses dont j’aurais besoin, et de me procurer des courriers pour passer en Tartarie. On jugea nécessaire que j’en eusse trois ; j’en avais déjà deux. Joseph s’adressa à un homme d’une quarantaine d’années, qui savait parler latin ; il le harangua avec tant d’éloquence, et d’une manière si pathétique, qu’il eut le malheur de le persuader. Ce troisième courrier s’appelait Jean ; le chef et le principal guide était un vieillard appelé Paul.

« J’avais peu d’argent, et le peu que j’avais ne passait pas dans la province de Nanking ; je perdais vingt pour cent au change. Dans le Kiang-nan, il n’y a guère que les piastres frappées au coin de Charles IV qui aient cours, encore faut-il qu’elles soient bien gravées. Les particuliers ne veulent point recevoir celles