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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/434

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quand le patron païen, qui connaissait bien notre position et savait que nous n’avions aucun recours contre lui, mettait la main sur mon bagage, qu’il a refusé jusqu’à présent de lâcher à moins d’une somme très-forte : encore ne consent-il à en rendre qu’une faible partie, car il a déjà vendu la plus considérable. Il est vrai que sa tête est entre nos mains et que d’un seul mot nous pourrions le faire condamner à mort comme voleur ; mais il nous connaît trop pour craindre que ce mot nous échappe. »

Après le sacre de Mgr Daveluy et la célébration du premier synode de l’Église coréenne, chacun des missionnaires retourna à son poste avec plus d’ardeur et de confiance que jamais. Voici comment le P. Thomas T’soi, dans une lettre, du 14 septembre 1857, à M. Legrégeois, continue son récit de l’année précédente et rend compte des principaux faits arrivés dans son district :

« Quand j’écrivis au Père ma dernière lettre, j’étais sur le point de partir pour une nouvelle chrétienté éloignée, et je lui promis, une fois de retour, de lui raconter tout ce qui m’aurait paru digne d’attention. J’accomplis aujourd’hui ma promesse. Ceux qui déposèrent les premiers germes de la foi dans cette chrétienté furent une pauvre femme exilée et sa famille. Lors de la dernière persécution générale de 1839, cette femme s’était enfuie de la capitale pour se soustraire à la fureur des bourreaux. Elle vint se réfugier dans cette ville, où elle entra au service d’une famille très-riche. Peu à peu la maîtresse de la maison, grâce à sa servante, connut la vérité de la religion chrétienne, se mit à la pratiquer avec ferveur, et la fit connaître elle-même à d’autres personnes qui l’embrassèrent également. Mais son mari ne tarda pas à s’apercevoir de ce changement. Transporté de fureur, il essaya, à force de mauvais traitements, de la détourner de notre sainte religion. Comme il n’aboutissait à rien, il la prit un jour et la traîna à travers les rues de la ville, menaçant de la faire condamner à mort par le mandarin si elle ne revenait au culte des idoles. Cette fidèle servante de Jésus-Christ, calme en face du péril, se laissait conduire au tribunal sans mot dire, quand enfin son barbare mari, vaincu par cette inébranlable constance, la ramena à la maison. L’unique résultat de sa démarche fut de faire savoir au loin qu’il y avait des chrétiens dans la ville. Les parents de la pauvre exilée, qui vivaient dans une bourgade du voisinage, furent remplis de joie en entendant cette nouvelle. Privés eux-mêmes, depuis de longues années, de tout commerce avec les chrétiens et plongés dans une profonde ignorance, ils gémissaient sur leur triste sort, et ne désiraient