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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/34

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« Le 21, je reçus les brefs de Rome qui me transféraient au vicariat apostolique de la Corée. On aurait dit qu’ils étaient tombés du ciel : qui les avait envoyés ? qui les avait apportés ? je n’en sais rien. J’écrivis à Mgr de Sozopolis que je n’étais plus son coadjuteur, et qu’il était libre à Sa Grandeur d’en choisir un autre.

« Le 11 novembre, M. Langlois, supérieur de notre séminaire de Paris, m’annonça que l’Œuvre de la Propagation de la foi m’avait alloué cinq mille six cents francs : je fus très-sensible à une action si généreuse. Il est vrai que ce secours vint fort à propos : M. Umpières et moi nous en avions grand besoin. Que le Dieu de bonté, qui juge digne de ses récompenses un verre d’eau donné en son nom, daigne combler de bénédictions ces pieux fidèles qui n’oublient point, devant le Seigneur, un pauvre missionnaire transporté à l’autre extrémité du monde. Dociles à l’invitation du divin Maître, ils obtiennent, par leurs prières, que le Père de famille envoie des ouvriers à sa moisson. Les ouvriers évangéliques plantent et arrosent ; mais Dieu, favorablement disposé par les humbles supplications de tant d’âmes saintes, donne l’accroissement à nos travaux. La reconnaissance, et en quelque sorte la justice, commandent la réciprocité ; je me fais un devoir de prier pour ces associés, soit pendant leur vie, soit après leur mort, quand j’offre le saint Sacrifice. À Siam, nous célébrions pour eux une messe toutes les semaines : si le ciel, favorable à nos vœux et à leurs prières, m’ouvre enfin les portes de la Corée, nous espérons, mes confrères et moi, faire quelque chose de plus…

« Le 18, la barque du Fokien, qui devait nous porter à Fougan, arriva. Mgr du Fokien, qui réside dans ce district, avait expressément recommandé au capitaine de me réserver une place, dans le cas que je fusse arrivé à Macao. Cette barque devait venir quelques mois plus tôt. Le bon Dieu permit qu’elle fût attaquée par des pirates, à la hauteur de Canton ; elle fut obligée de gagner le large, et, à la faveur d’un bon vent, elle revint au Fokien. Elle ne put reprendre la mer que trois mois après ; sans ce contre-temps, j’aurais manqué une occasion si favorable. La Providence, qui dirige tout pour notre bien, permit peut-être exprès pour moi un accident qui me fut très-favorable, et qui ne fit tort à personne, pas même au capitaine de cette barque.

« Le 23, j’envoyai Joseph à Péking porter des lettres à Mgr de Nanking, qui réside dans cette ville ; au prêtre chinois (le