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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/337

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lument mourir ? c’est bien singulier ! Eh bien ! n’apostasie pas, dis seulement que tu vas t’en aller d’ici, et je te relâche de suite avec tes deux fils. — J’ai fait promesse de mourir avec le prêtre. — Avec le prêtre ! mais le prêtre ne doit pas mourir ; au contraire, le gouvernement a l’intention de lui donner un titre et une dignité, veux-tu donc mourir tout seul ? — J’ai entendu ce que m’a dit le prêtre, et je sais qu’il ne peut en être comme vous le dites. »

Le juge lui fit subir la puncture des bâtons, puis, par trois fois, l’écartement des os, et comme Joseph laissait échapper quelques cris de douleur, il lui dit : « Si tu jettes un seul cri, je le prendrai pour un acte d’apostasie. » Joseph se tut ; il semblait être évanoui. On cessa les supplices, et on l’entraîna dehors. Arrivé à la prison, son air était souriant comme à l’ordinaire. « Je ne sais, » disait-il, « si j’ai subi des tourments, je ne m’aperçois de rien ; » et il s’étendit à terre calme et tranquille. Bientôt après voyant rentrer Pierre Nam couvert de plaies et traîné par les bourreaux, il se leva, s’approcha de lui et se mit à le consoler et à soigner ses blessures. Joseph eut à passer par de nouveaux interrogatoires et de nouveaux supplices ; sa foi et son courage ne se démentirent pas un instant. Enfin, le dernier jour de la septième lune, ordre fut donné de le faire mourir sous les coups. On le frappa depuis midi jusqu’au coucher du soleil ; les bourreaux étaient épuisés de fatigue. Puis, comme il respirait encore, on le porta à la prison, et on l’étrangla. Il avait quarante-trois ans.

Le lendemain, ses deux fils se livrant à la douleur, les geôliers et les autres prisonniers leur dirent : « Ne vous affligez pas, la nuit passée une lumière extraordinaire a enveloppé le corps de votre père, et a rempli la chambre où il était déposé. » Puis deux des geôliers, sous l’impression du prodige dont ils avaient été témoins, firent ce qui peut-être ne s’était jamais vu en ce pays ; ils emportèrent respectueusement les restes du martyr, et allèrent les enterrer avec honneur, sur une colline, à environ dix lys (une lieue) de la prison.

La persécution de 1846 ne fit pas d’autres victimes. En apprenant l’arrestation du P. André, les chrétiens, saisis de crainte et se rappelant les horreurs des persécutions précédentes, s’étaient hâtés de cacher les objets de religion, et tout ce qu’ils possédaient. Ils s’attendaient à un pillage général, et leur petit avoir fut bientôt enfoui sous terre, ou transporté dans les montagnes, ou déposé chez des païens. Dans plusieurs endroits, les néophytes