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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/321

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« Pendant la persécution de 1839, le traître (Ie-saing-i) avait déclaré que trois jeunes Coréens avaient été envoyés à Macao pour y étudier la langue des Européens. Je ne pouvais rester longtemps inconnu, et d’ailleurs un des chrétiens pris avec moi leur avait dit qui j’étais. Je déclarai donc au juge que j’étais André Kim, l’un de ces trois jeunes gens ; et je leur racontai tout ce que j’avais eu à souffrir pour rentrer dans ma patrie. À ce récit, les juges et les spectateurs s’écrièrent : « Pauvre jeune homme ! dans quels terribles travaux il est depuis son enfance. » Ils m’ordonnèrent ensuite de me conformer aux ordres du roi en apostasiant. « Au-dessus du roi, » leur répondis-je, « est un Dieu qui m’ordonne de l’adorer ; le renier est un crime que l’ordre du roi ne peut justifier. » Sommé de dénoncer les chrétiens, je leur opposai le devoir de la charité, et le commandement de Dieu d’aimer son prochain. Interrogé sur la religion, je leur parlai au long sur l’existence et l’unité de Dieu, la création et l’immortalité de l’âme, l’enfer, la nécessité d’adorer son créateur, la fausseté des religions païennes, etc. Quand j’eus fini de parler, les juges me répondirent : « Votre religion est bonne, mais la nôtre l’est aussi, c’est pourquoi nous la pratiquons. — Si dans votre opinion il en est ainsi, » leur dis-je, « vous devez nous laisser tranquilles et vivre en paix avec nous. Mais loin de là, vous nous persécutez, vous nous traitez plus cruellement que les derniers criminels : vous avouez que notre religion est bonne, qu’elle est vraie et vous la poursuivez comme une doctrine abominable. Vous vous mettez en contradiction avec vous-mêmes. » Ils se contentèrent de rire niaisement de ma réponse.

« On m’apporta les lettres et les cartes saisies. Les juges lurent les deux qui étaient écrites en chinois ; elles ne contenaient que des salutations. Ils me donnèrent à traduire les lettres européennes ; je leur interprétai ce qui pouvait n’avoir aucune conséquence pour la mission. Ils me firent des questions sur MM. Berneux, Maistre et Libois ; je leur répondis que c’étaient des savants qui vivaient en Chine. Trouvant de la différence entre les lettres de Votre Grandeur et les miennes, ils me demandèrent qui les avait écrites. Je leur dis en général que c’étaient mes lettres. Ils me présentèrent les vôtres et m’ordonnèrent d’écrire de la même manière. Ils usaient de ruse, je les vainquis par la ruse. « Ces caractères, » leur dis-je, « ont été tracés avec une plume métallique ; apportez-moi cet instrument et je vais vous satisfaire. — Nous n’avons pas de plumes métalliques. — Si vous n’en avez pas, il m’est impossible de former des caractères semblables à