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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/317

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Dieu, qui voulait le récompenser de tout ce qu’il avait déjà fait et souffert pour sa gloire, permit qu’un accident imprévu le fît tomber dans les mains des mandarins. Voici comment il raconte lui-même à Mgr Ferréol son arrestation et une partie des tourments qu’il a endurés. L’original de cette lettre est en latin.


« De la prison, le 26 août 1846.
« Monseigneur,

« Votre Grandeur aura su tout ce qui s’est passé dans la capitale depuis notre séparation. Nos dispositions étant faites, nous levâmes l’ancre, et, poussés par un vent favorable, nous arrivâmes heureusement dans la mer Yen-pieng, alors couverte d’une multitude de barques de pêcheurs. Mes gens achetèrent du poisson, et se rendirent pour le revendre dans le port de l’île Sou-ney. Ne trouvant aucun acheteur, ils le déposèrent à terre, avec un matelot chargé de le saler.

« De là nous continuâmes notre route, nous doublâmes So-kang et les îles Mai-hap, Thetsin-mok, Sot-seng, Tait-seng, et nous vînmes mouiller près de Pélin-tao. Je vis là une centaine de jonques du Chan-tong occupées à la pêche. Elles approchaient très-près du rivage ; mais l’équipage ne pouvait descendre à terre. Sur les hauteurs de la côte et sur le sommet des montagnes étaient en sentinelles des soldats qui les observaient. La curiosité attirait près des Chinois une foule de Coréens des îles voisines. Je me rendis moi-même de nuit auprès d’eux et je pus avoir un colloque avec le patron d’une barque. Je lui confiai les lettres de Votre Grandeur ; j’en écrivis quelques-unes adressées à MM. Berneux, Maistre et Libois et à deux chrétiens de la Chine. Je joignis à cet envoi deux cartes de la Corée avec la description des îles, rochers et autres choses remarquables de la côte de Hoang-hai. Cet endroit me paraît très-favorable pour l’introduction des missionnaires et la communication des lettres, pourvu toutefois qu’on use avec précaution du ministère des Chinois. Chaque année, vers le commencement de la troisième lune, ils s’y donnent rendez-vous pour la pêche ; ils s’en retournent sur la fin de la cinquième lune.

« Après avoir exécuté vos ordres, Monseigneur, nous repartîmes et nous rentrâmes dans le port de Sou-ney. Jusque-là mon voyage s’était fait sous d’heureux auspices, et j’en attendais une fin meilleure. Le poisson que nous avions déposé sur le rivage n’était pas encore sec, ce qui prolongea notre séjour dans le port.