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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/314

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Dieu. Comprenez-vous cette suite d’émotions vives, trop vives pour mon pauvre cœur ? Plusieurs fois j’ai fui comme à la dérobée pour éviter ces moments pénibles, ces manifestations dangereuses, car l’apparition d’un païen en pareil cas compromettrait toute la mission.

« Je n’ai pas dit toutes mes consolations ; je n’ai pas parlé des nouveaux chrétiens. La grâce toute-puissante de Dieu sait toujours appeler ses élus. La persécution n’a pas arrêté les conversions, et j’ai toujours à baptiser quelques adultes.

« J’aime à interroger les pères de famille avant le baptême, à scruter les dispositions diverses, mais également admirables, par lesquelles la miséricorde de Dieu les a tous appelés. J’aime leurs réponses vives et pleines de foi ; les uns ont quitté une vie douce et agréable pour s’assurer une autre vie plus heureuse ; les autres même avant leur baptême ont déjà subi quelques persécutions : quelques-uns arrivent à la onzième heure, ce sont des vieillards qui, ayant entendu parler de notre sainte religion, veulent consacrer au bon Dieu les dernières années d’une vie qu’ils voient s’échapper chaque jour. »

Pendant que les nouveaux missionnaires de Corée commençaient avec tant de zèle leurs travaux apostoliques, leur confrère M. Maistre faisait une nouvelle tentative pour les rejoindre par la frontière septentrionale. Mgr Ferréol avait fixé la première lune de l’année pieng-ô (1846) comme l’époque la plus convenable. En conséquence, dans les derniers jours de janvier, M. Maistre, accompagné du diacre Thomas T’soi et de deux courriers chinois, se dirigea vers le village tartare de Houng-tchoung, en suivant la route explorée déjà par André Kim. Après dix-sept jours de marche à travers monts et vallées, sur les glaces du fleuve Mi-kiang et dans les déserts de la Mandchourie, il arriva à une lieue de la frontière coréenne où il dut attendre, pendant dix jours, l’époque fixée pour les échanges entre les deux nations. Un si long retard lui fut funeste, car la petitesse du village qui lui donnait asile ne permettait pas à un étranger d’y vivre longtemps inconnu.

La veille de l’ouverture de la foire, au moment où il se disposait à franchir la terrible barrière, la maison qu’il habitait fut cernée par quatre officiers mandchoux, accompagnés d’une nombreuse cohorte de satellites ; ils le conduisirent d’abord au corps de garde qui fut bientôt entouré et rempli de tout ce qu’il y avait de gens au service du prétoire. Chacun l’accablait à la fois d’une foule de questions : il satisfit à toutes en disant qu’il n’avait à